Dragon Spirit – 1

Mon pied glissa sur la pierre mouillée. Je resserrai ma prise sur les pierres de la falaise tout en maudissant la pluie. Si je voulais m’en sortir, je devais atteindre l’anfractuosité qui se trouvait cinq mètres plus haut.

Je fixai mon objectif, préférant regarder ce qui était devant moi à ce qui était derrière. Sous moi, à plus de dix mètres, se trouvaient les débris d’un avion. Le pilote était mort sur le coup. Je ne devais ma survie qu’au hasard. Assise à l’arrière, le choc m’avait projetée au milieu des marchandises. Les boites de carton m’avaient protégée. À l’exception de plusieurs ecchymoses, je n’avais eu aucune blessure sérieuse.

Je soufflai et repris mon ascension périlleuse. De là-haut, je pourrais avoir une meilleure idée de ma position géographique. De plus, en hauteur, je parviendrais peut-être à obtenir une connexion satellite. Si cela fonctionnait, j’appellerais des secours avec mon cellulaire. Le faire avec la radio de l’avion avait été impossible, celle-ci s’était brisée dans l’écrasement.

Après ce qui me parut une éternité, je parvins enfin au surplomb. Tremblant d’épuisement, je me laissai tomber sur le sol dur. Je contemplai mes mains ensanglantées. Ça faisait mal de chien.

Bon sang! Comment en étais-je arrivée là? Ce qui ne devait être qu’un petit voyage d’agrément s’était transformé en cauchemar.

Je me retournai et aperçus une petite grotte. C’était au-delà de mes espérances. À l’intérieur, j’y serais à l’abri de l’orage et de la majorité des animaux sauvages. Je doutai qu’un animal quelconque puisse grimper jusqu’ici à moins de posséder des ailes ou d’être une chèvre de montagne.

Je me traînai plus que je ne marchai jusqu’à la cavité avant d’y entrer. Ce n’était pas très creux et je pouvais sans peine en distinguer le fond. Je retirai mon téléphone de ma poche et vérifiai s’il y avait du réseau.

Rien. Niet.

Je soupirai de découragement.

Je me rendis au fond de la grotte et déposai ma paume sur la paroi rocheuse.

Je aurais aimé faire un feu pour me réchauffer et faire sécher mes vêtements, mais je ne possédais rien qui m’aurait permis de l’allumer. De plus, je ne m’imaginais pas redescendre de la falaise et l’escalader de nouveau avec un chargement de bois sur le dos. Mes bras, et surtout mes mains, ne le supporteraient pas.

Je décidai d’attendre que l’orage se termine avant de faire quoi que ce soit. Pour l’instant, je devais panser mes mains du mieux que je le pouvais avec la trousse de premiers soins que j’avais récupéré dans l’avion. Après une nuit de sommeil, mon esprit serait plus clair et je pourrais réfléchir à ce que je devais faire pour la suite.

Je m’adossai contre la paroi du fond.

Soudain, je sentis une secousse. J’entendis un grondement et le mur sur lequel je m’appuyais s’effondra. Je glissai vers l’arrière sans parvenir à me retenir à quelque chose. Le sol disparut sous mes pieds. Je criai en tombant dans le vide.

La chute me sembla durer une éternité et lorsque je touchai le sol, je sentis un objet pointu me transpercer la cuisse. Une douleur atroce me traversa et ma vision s’obscurcit.

Je m’évanouis. Lorsque je revins à moi, j’ignorais depuis combien de temps je gisais par terre.

J’avais mal partout, particulièrement à ma jambe. Je voulus évaluer les dégâts, mais l’obscurité ne me permettait pas de voir la gravité de mes blessures. Je craignais aussi de ne pas parvenir à remonter et à sortir de la grotte.

Prenant mon téléphone, miraculeusement intact, je m’en servit comme d’une lampe torche. Mes vêtements étaient déchirés et mon pantalon était couvert de sang.

— Merde, jurai-je en apercevant un os sortir de sa cuisse.

Puis, je me rendis compte que ce n’était pas un de mes os, mais un de ceux qui jonchaient le sol autour de moi. Il y en avait des centaines et je n’en voyait pas la fin. Ça me donna la chair de poule.

Je tentai de me redresser pour avoir une meilleure vue d’ensemble. Je découvris sous ma paume une surface ronde. Y jetant un regard, je vis deux orbites vides. C’était un crâne d’animal et par réflexe, je le lançai le plus loin possible. Il n’était pas question que je finisse comme cette bête-là. Je ne mourrais pas dans ce trou.

Je déposai mon téléphone de façon à pouvoir examiner ma blessure. Je constatai que la plaie ne saignait presque plus. Je devais enlever ce truc de là. Je saisis l’os et tirai dessus pour le retirer.

Je hurlai de douleur. Les yeux pleins de larmes, les mâchoires serrées, je déchirai une manche de mon chandail et compressai la blessure pour arrêter le sang qui s’était remis à couler.

Plusieurs minutes plus tard, je fis un pansement sommaire à l’aide de ma deuxième manche. Même si ça saignait beaucoup moins, voir le sang traverser le tissu à peine quelques instants après que j’eus terminé ma tâche me découragea.

Je fermai mon téléphone, préférant économiser la batterie. J’ignorais combien de temps je resterais coincée dans cette grotte. Les yeux clos, j’expirai et inspirai avec calme. Paniquer, ne me serait d’aucuns recours. Et puis, j’étais en vie et c’est tout ce qui m’importait.

Je soulevai les paupières et tournai la tête. À la périphérie de mon champ de vision, j’aperçus un faible éclat de lumière.

— Il y a quelqu’un?

Seul le silence me répondit.

Quelle était cette lueur? Pour le savoir, l’unique option était d’aller voir.

J’essayai de me lever et retins un gémissement de douleur. Il valait mieux que j’oublie cette idée. Tout ce que je risquais de faire était de me blesser davantage, pire de rouvrir la plaie et de devoir faire face à une nouvelle hémorragie. Je me résignai à ramper doucement sur sol, réduisant autant que possible tous mouvements inutiles.

Je repoussai les os entravant son chemin, mais y renonçai vite vu l’ampleur de la tâche. Je me contentai d’écarter ceux qui me gênaient le plus dans ma lente progression.

Un os accrocha mon pansement et je laissai échapper un cri. Serrant les dents, je continuai vers mon objectif. Ce n’était pas le temps de lâcher.

Après un long moment, je parvins enfin près du faible éclat de lumière. Il s’agissait d’une pierre brillante de la grosseur de mon poing, flottant au milieu de ce me sembla être une énorme cage.

Quelques secondes après, je réalisai avec stupeur qu’il s’agissait en fait des côtes d’un animal immense.

— Quel genre d’animal ça peut-il être?

Je tournai la tête et distinguai les contours d’un crâne non loin de là. Je reportai mon attention sur l’étrange pierre. Sa luminosité était dérisoire, mais si je pouvais l’utiliser comme source de lumière, ça m’aiderait. Mieux valait ça que de se retrouver dans le noir complet. J’entrai dans la cage thoracique du monstre et dans un dernier effort, je tendis la main pour agripper la pierre.

Au creux de ma paume, l’objet émettait une chaleur insolite. Bientôt, la chaleur augmenta de même que la luminescence. L’objet devenait carrément brûlant. Ne voulant pas finir avec une nouvelle blessure, je lâchai la pierre. Celle-ci se mit à flotter en l’air au niveau de mon torse, défiant les lois de la gravité. Sous mes yeux étonnés, sa surface ondoya. Cette chose semblait en vie…

Soudain, la pierre plongea sur moi. Je ressentis un impact violent à la poitrine, suivi d’une sensation de brûlure intense. Portant mon regard et mes mains à son torse, j’essayai d’ôter cette chose. Du sang coulait et la pierre creusait un chemin dans ma chair pour entrer en moi. Je criai de tout mes poumons, mon esprit envahi par la panique et la peur. Il fallait que je retire ce truc de là à tout prix.

Le sang faisait glisser mes doigts sur la pierre. Malgré toute ma volonté, j’étais impuissante contre cette chose qui poursuivait son chemin. Ça faisait mal. Atrocement mal.

Je ne voulais pas mourir. Pas comme ça. Pas dans cette grotte. Je sombrai dans le néant.

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