Nalla – 4

Nalla commençait à perdre la notion du temps, les lumières ne s’éteignaient donc jamais ici? Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était là, on lui avait servi des repas qu’elle avait à peine touchés et son voisin ne lui parlait plus. Elle avait eu beau lui poser des questions, rien. Plus un mot et presque pas un son sauf de l’eau qui coule du lavabo ou de la chasse de la toilette. Elle avait bien entendu un grognement à un moment, mais il s’était tu rapidement. Elle allait devenir folle si elle restait encore ici longtemps! Elle s’ennuyait de sa famille, des membres de la Confrérie aussi, même s’ils s’ingéraient à tout bout de champ dans sa vie. Mais ça, elle ne leur dirait pas lorsqu’ils la retrouverait, ils étaient déjà bien tous assez arrogants comme ça.

─Joshua, s’écria-t-elle! Allez-vous enfin vous décider à parler? J’en ai assez! Elle se mit à grommeler en marchant de long en large dans le réduit de sa cellule, furieuse: Quand papa et les autres me retrouverons… ils vont massacrer tout le monde pis oncle V va faire cramer cet endroit avec sa main atomique… Boom et qu’on en entente plus parler!

─ Qui va faire cramer quoi? questionna la voix brisée de Josh.

Il était étendu sur le petit lit les jambes repliées, ses genoux dépassant du rebord. Il frissonnait, mais était pourtant couvert de sueur. La douleur le traversait par vague depuis qu’ils lui avaient fait leurs dernières injections. Merde! Cela faisait maintenant deux jours et cette salope de douleur refusait de le quitter. Il brulait de l’intérieur et il avait eu beau boire beaucoup d’eau la première journée, la sensation de brulure était toujours là. Au moins, il n’avait pas constaté d’autres changements que ses ongles. Il semblait toujours être lui-même, sa peau n’avait pas changé de couleur, si ce n’était qu’il était un peu plus pâle que d’habitude. Cependant, comme il n’avait pas vu la lumière du soleil depuis plus d’un mois ce n’était guère surprenant. Pour l’instant, il arrivait à gérer sa souffrance, elle avait reflué un peu durant la dernière heure et il espérait de tout coeur que c’en était bientôt terminé. Il était épuisé d’avoir dû retenir ses cris et gémissements lorsque la douleur le traversait, il avait eu moins mal lorsqu’il s’était fait tirer dessus ou poignarder lors de ses différentes missions pour les SEAL. Mais comme il ne souhaitait pas inquiéter inutilement Nalla, il s’était tu, ne trouvant plus d’énergie pour lui parler et la rassurer. Bien qu’extrêmement courbaturer et avec la sensation de s’être entraîné pendant des journées entières, il décida de s’assoir. Pas de vertiges, donc, nette amélioration vue sa situation présente.

─ Ho! Miracle! Il me parle maintenant! fit Nalla, toujours exaspérée. C’est mes parents qui vont tout faire sauter quand ils me retrouveront!

─ C’est pas pour te décourager, mais je doute qu’ils y parviennent avant que ces cinglés nous tuent, lui répliqua Josh sobrement. De toute façon, je compte bien me tirer d’ici avant!

─ Qu’est-ce que t’attends alors?

Il se leva prudemment avec les gestes ralentis d’un vieillard perclus de rhumatismes. Il s’approcha des barreaux et tout aussi lentement, tourna dos au couloir et s’assit sur le sol, accoté aux barres d’acier.

─ Ya plein de caméras, ils nous surveillent en tout temps, mais pour économiser ils ont mis du bas de gamme, ya pas de son. Alors tant que tu tournes le dos aux caméras tu peux dire ce que tu veux. . Yen a une devant chaque cellule. Je sais aussi que dans le groupe de gardes, y en a au moins un qui lit sur les lèvres, donc ils peuvent suivre les conversations si t’es de face ou de profil. Toutes les portes s’ouvrent grâce à une empreinte vocale ou digitale, y compris celles de nos cellules. J’attends une ouverture, une faille, conclut-il.

Une ouverture qui jusqu’à présent lui avait échappé, songea-t-il. Ces cinglés de chercheurs étaient trop méfiants en ce qui le concernait. Ils connaissaient son passé et avaient une idée assez précise de ses “talents”. Ils prenaient toutes les précautions possibles pour que Josh ne puisse utiliser ceux-ci contre eux. Soudain, une nouvelle vague douloureuse le traversa, lui coupant le souffle. Il se laissa tomber sur le côté et se recoquilla sur lui-même. Il étouffa un grognement, mais Nalla l’entendit tout de même. Josh pensa pendant un court moment que sa tête allait éclater, son corps était encore en flamme. Il entendait la jeune femme lui parler, mais n’arrivait pas à comprendre ce qu’elle lui disait.

─ Joshua! Qu’est-ce qui se passe? Ça va? Réponds-moi s’il te plaît! Qu’est-ce qu’il se passe? répéta-t-elle.

Joshua Hawkins ne lui parlait plus, cependant, elle commençait à comprendre que s’il avait tellement silencieux ces derniers jours c’est qu’il était souffrant et ne pouvait tout simplement pas le faire. Nalla commença à paniquer, ça n’allait vraiment pas bien du tout et elle ne pouvait absolument rien faire pour aider Josh. Elle essaya de tendre la main à travers les barreaux, mais n’arriva pas à toucher l’homme. Bon sang, il était le seul être vivant qui avait daigné lui adresser la parole dans cette maudite prison, il ne pouvait pas la laisser toute seule! C’était hors de question!

─ Joshua Hawkins, hurla-t-elle en secouant vainement les barreaux! Si tu oses me laisser toute seule ici, je jure que je vais te tuer! Oh, bon sang, je t’interdis de me laisser toute seule, sale type! Tu m’entends? Je sais pas ce que t’as, mais t’as l’air d’être un battant alors c’est ce que tu vas faire, connard, te battre contre ce truc!

Se souvenant soudain des caméras, elle s’effondra sur le sol et baissa la tête en laissant ses cheveux retombés devant son visage, le dissimulant.

─ Pis quand t’iras mieux, on foutra le camp d’ici, ensemble! continua-t-elle d’une voix normale.

Elle entendit l’homme prendre une grande inspiration.

Il avait encore mal, mais la voix de Nalla avait fini par traverser la chape de souffrance qui le terrassait. N’osant bouger, Josh s’efforça de trouver une infime parcelle d’énergie pour lui répondre.

─ Ça ira, croassa-t-il difficilement. Ça passe… toujours… besoin repos…

Nalla resta où elle était. Elle ne voulait pas s’éloigner, d’ici elle pouvait percevoir la respiration de Joshua et juste ce fait la rassurait. Il était là avec elle, juste de l’autre côté de cette saleté de mur blanc. Les minutes s’égrenèrent lentement, inexorablement.

Au bout du couloir, la porte claqua et ils entendirent des pas. Josh se redressa péniblement en position assise, il chercha son souffle et fixa un point invisible sur le mur en face de lui. Nalla redressa la tête et passa la main dans ses longs cheveux, dégageant son visage. Elle jeta une œillade meurtrière à l’homme qui avançait vers eux.

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