Matt- 4

Des cris s’élevaient du salon, encourageant d’un côté les Bears et de l’autre les Giants. Matt n’avait jamais été un adepte du football et ne connaissait pas les règles. Tout ce qu’il savait de ce jeu, c’était que des types costauds courraient sur un grand terrain et se fonçaient dessus dans le but de s’emparer d’un ballon. Il n’avait jamais vu l’intérêt. Elijah, ses deux frères et leur père l’avaient fixé comme s’il était un extraterrestre, avant de s’exclamer d’une seule voix qu’ils allaient lui apprendre les bases du football. Au bout de vingt minutes, ils y avaient tous renoncé. À leurs yeux, Matt était une cause perdue. Sauf que l’ancien soldat avait assimilé la leçon à la perfection et il ne voyait pas ce que ce sport avait d’intéressant. De toute manière, il ne pourrait jamais y jouer, même avec des prothèses. C’était trop violent.

C’est tout naturellement qu’il s’était retrouvé dans la cuisine en compagnie de la mère d’Elijah, Rose, et de ses deux sœurs. L’endroit, bien que beaucoup plus petit que ce à quoi Matt avait été habitué dans sa jeunesse était ouvert et plus accueillant que ce qu’il avait connu comme salle familiale. De larges comptoirs recouverts de tuiles ocre longeaient le mur du fond, un îlot de bois aux mêmes tuiles lui faisait face. Un grand réfrigérateur datant de plusieurs années, mais toujours en excellent état trônait dans un coin. À l’exception de la cuisinière au gaz qui était neuve, le reste de la cuisine accusait le poids des ans, ce qui lui donnait un charme désuet qui plaisait énormément à Matt. Toutefois, ce qui l’avait d’abord attiré ici, ce n’était pas tout cela; c’était la somme des doux fumets qui étaient parvenus à ses narines. La pièce embaumait des odeurs enivrantes dégagées par les pâtisseries en train de cuire et de celles qui refroidissaient sur le vaste comptoir. Matt avait quelques difficultés à détourner son regard pervenche du merveilleux gâteau au chocolat que Rose venait de recouvrir d’un onctueux glaçage.

Il écarquilla les yeux quand il vit la mère d’Elijah découper une énorme part et la lui tendre sur une assiette, une fourchette plantée en son centre. Oh, bon sang! Cette petite femme à la peau ébène était un ange descendu du paradis.

Lui qui avait bêtement cru de prime d’abord que ces gens-là seraient comme ses parents. Matt n’aurait pu se tromper davantage. Ils en étaient le total opposé. Rose était d’origine africaine et avait émigré aux États-Unis dans les années soixante-dix, avait-il appris durant le repas. Puis, elle avait rencontré le père d’Elijah, Paul Monroe. Un universitaire en dernière année, blanc comme neige et hippie, qui pour aider Rose à obtenir sa carte verte, n’avait pas hésité à l’épouser. L’amour s’en était mêlé et plus de trente ans plus tard, ils étaient toujours ensemble. Le couple avait donné naissance à Elijah cinq ans après le mariage, ensuite était venu Henri, mais des difficultés à l’accouchement avait fait disparaître les espoirs qu’ils avaient de fonder une grande famille. Au bout d’un certain temps, ils s’étaient tournés vers l’adoption pour réaliser leur rêve. Ainsi étaient arrivés Amanda, Victory et John.

Amanda était une boule d’énergie qui finirait bientôt ses études en droit. Elle était blanche, avait les cheveux bruns et de magnifiques yeux bleus. Elle avait du culot à revendre, la langue bien pendue et elle était naine. Victory était une très mignonne gamine de quatorze ans avec la mentalité d’une enfant de neuf ans. Elle était née trisomique et avait été abandonnée par ses parents biologiques à cause de ça. Dès que Rose et Paul avaient vu le bébé, ils avaient décidé qu’il serait à eux. Le dernier de la famille était un petit mulâtre d’origine mexicaine qui s’était retrouvé dans le lourd système de l’État après le décès de ses géniteurs des suites d’une overdose. Malgré les maltraitances plus que visibles et la méfiance instinctive que le gamin démontrait, le couple avait encore une fois pris John sous leurs ailes.

Matt avait déjà vu une telle abnégation à la télévision, toutefois il n’avait jamais voulu croire que des personnes comme ça existaient en réalité. Il comprenait d’où Elijah avait hérité de sa bonté.

Sans plus attendre et après un “merci” retentissant, Matt s’attaqua à son dessert. Il poussa un gémissement de pur plaisir dès la première bouchée; il s’agissait du meilleur gâteau au chocolat qu’il ait mangé de toute sa vie.

— Tu les as soudoyées pour qu’elles te donnent ce gâteau? Résonna la voix d’Elijah dans son dos.

Matt se retourna, la bouche pleine, l’assiette encore bien garnie posée sur ses genoux. Ne pouvant pas parler, il secoua la tête et avala avec précipitation tout en essayant de ne pas s’étouffer.

— Il n’en a pas eu l’occasion, grand-frère, répliqua Amanda. Son regard de chien battu et affamé a convaincu maman.

— Je ne le bats pas et je ne l’affame pas! S’écria Elijah, un large sourire illuminant son visage.

— Non, tu fais pire, rétorqua Matt en arborant un air dramatique et exagéré. Tu me prives de chocolat. Je dois quémander chaque petite miette.

— Elijah a toujours été un véritable tyran! Ajouta Amanda, une vive étincelle de malice visible dans ses yeux.

— Parle pour toi, chère soeur. Tu es peut-être une demi-portion, mais tu en vaux trois comme moi à ce niveau. (Prenant les occupants de la pièce comme témoins, Elijah poursuivit:) À l’adolescence, c’est elle qui m’a poussé à faire du sport. Elle trouvait que j’avais l’air d’un échalas et il était hors de question que son grand frère lui fasse honte devant ses copines. Je me suis retrouvé à faire un entraînement digne des jeux olympiques et elle m’a fait subir un régime hyper-protéiné faible en gras et sans sucre. Je ne pouvais même pas regarder un gâteau, ne serait-ce qu’en photographie!

Matt lança une œillade éloquente à Elijah, qui lui faisait justement suivre un programme identique. Puis, pour le narguer et ne voulant pas que le kinésithérapeute ne lui enlève son assiette avant qu’il n’ait pu en achever le contenu, Matt se dépêcha de prendre une autre bouchée qu’il jugea lui-même gargantuesque. Tant pis s’il avait l’air d’un gamin affamé. Rose et Amanda éclatèrent de rire devant la facétie de Matt.

— Ce n’est pas bien d’en prendre autant d’un coup, lui fit remarquer Victory d’un ton docte. Maman me dit tout le temps de pas le faire, que je pourrais m’étouffer.

Se retenant de rire lui aussi, Matt faillit bien s’étouffer véritablement. Il avala avec quelques difficultés et reprit son souffle.

— Tu as bien raison, accorda-t-il de bonne grâce à la gamine.

Elijah le contourna et ouvrit le réfrigérateur. Quand il se pencha vers l’intérieur, Matt ne put s’empêcher de lorgner sur les formes arrondies de son fessier. Elijah en sortit un pichet de thé glacé fait maison et l’ancien soldat reporta son attention sur son gâteau.

— Qui en veut? Offrit Elijah à la ronde.

Matt leva la main, à défaut de pouvoir parler puisqu’il avait de nouveau la bouche pleine. Elijah roula comiquement des yeux à cette vue et Matt esquissa un sourire, heureux qu’il ne le prive pas de son dessert. Il était accro au chocolat et devoir s’en passer ces dernières semaines avait été une torture. Cependant, Elijah apportait tellement de changements positifs dans sa vie qu’il voulait bien sacrifier sa barre chocolatée quotidienne au profit de ceux-ci. Et puis, ce n’est pas comme si c’était pour toujours, puisqu’à certains moments il arrivait à se négocier une dose contre sa participation à certaines des idées d’Elijah.

Il devait s’avouer que jusqu’à présent, il n’avait pas regretté d’avoir accepté de se prêter au jeu. Matt songea qu’il devrait s’excuser encore une fois auprès du kinésithérapeute, car son idée de l’emmener rencontrer sa famille était une excellente chose pour lui et cela lui faisait un bien fou. Ces gens-là étaient plus qu’extraordinaires. Pour la première fois de sa vie, Matt n’avait pas à essayer d’être parfait, à essayer d’être quelqu’un d’autre pour plaire à ses parents, à essayer de conserver cette image de lui qui ne lui correspondait pas et qui ne lui avait jamais convenu. Ici, il était accepté tel qu’il était, avec ses qualités, ses défauts et ses handicaps. On ne le traitait pas de manière différente même s’il lui manquait des bouts et qu’il ne se voyait lui-même plus tout à fait comme un homme à part entière. Matt commençait aussi à prendre conscience que ce n’était pas parce qu’il n’était plus “complet” sur le plan physique qu’il était pour autant diminué sur les autres plans. Il avait toujours toute sa tête, il avait retrouvé une partie de sa mobilité et celle-ci s’améliorerait encore dès qu’il aurait ses prothèses.

Grâce en grande partie à Elijah, Matt réalisait qu’il était beaucoup plus fort qu’il ne l’aurait cru. Ses parents ne voulaient pas d’un fils handicapé. Eh bien, soit. Matt n’avait pas besoin d’eux. Il y avait bien des gens dans ce monde pour qui les apparences ne comptaient pas, à commencer par cette famille-là qui lui avait ouvert leur univers de bon cœur aujourd’hui.

Malgré les tristes circonstances qui l’avaient amené à les rencontrer, malgré l’explosion qui lui avait coûté ses jambes, Matt ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait été autant heureux qu’au milieu des membres de la famille d’Elijah. Et alors que le kinésithérapeute le regardait de ses yeux marron foncé, Matt se sentait vivant comme il ne l’avait jamais été. Il savait aussi bien que deux et deux font quatre, qu’il ne souhaitait plus revenir en arrière. Ces sentiments confus envers Elijah qui se faisaient la guerre en lui, il ne les étoufferait plus. Il les laisserait faire leur chemin, et advienne que pourra. Cela ne le mènerait probablement nulle part, mais il ne pouvait plus se mentir. C’était là et il préférait ce nouveau Matt avec ces sensations d’être enfin lui-même dans ce qu’il était véritablement et profondément que de redevenir l’espèce de zombie qui ne vivait qu’à moitié et qu’il était avant cet instant.

Matt en avait marre de faire semblant, de porter ce masque trop petit pour lui. À chaque jour qui passait, son attirance pour Elijah prenait de l’ampleur et il n’en pouvait plus de lutter contre elle. Il abdiquait et admettait qu’il était en train de tomber amoureux. Amoureux d’un autre homme. Une aberration, une abomination, s’il se fiait aux dires de son ancien entourage et ce qu’on lui avait enseigné depuis son plus jeune âge. Toutefois, en ce moment, alors qu’il contemplait Elijah taquiner ses sœurs et embrasser sa mère sur la joue pendant qu’il lui mettait un verre de thé glacé entre les doigts, Matt savait que toutes ces personnes à la mentalité étroite telles que ses propres parents et qui croyaient avoir raison sur ces choses, avaient en réalité tous tort. Peu importe la forme qu’il prenait, l’amour n’était et ne serait jamais quelque chose de mal.

Il observa Victory, ses yeux bridés de trisomique et son sourire légèrement grivois, elle respirait le bonheur par tous les pores. Matt tourna le regard vers Amanda, la naine avait une confiance monstre en elle-même malgré sa petitesse. Il aurait presque souhaité la mettre en présence de ses parents, la jeune femme aurait vite fait de leur clouer le bec avec ses remarques vives et caustiques qui étaient le reflet de sa prodigieuse intelligence. Et que dire de Rose, Matt n’avait jamais rencontré quelqu’un qui cadrait si bien avec cette image de la mère aimante et affectueuse, ciment solide qui maintenait la cohésion de cette famille. Il enviait Elijah d’avoir grandi au milieu de ces gens. Tout aurait été tellement différent pour lui s’il avait pu bénéficier de cette chance.

S’il s’avouait en son âme et conscience l’intégrité des sentiments que faisait naître en lui Elijah, Matt savait qu’il ne l’affirmerait pas à voix haute. Il n’en était pas encore à cette étape et ne le serait peut-être jamais. Tous ces tabous qu’on lui avait inculqués étaient trop profondément ancrés en lui pour qu’il arrive à leur tourner le dos du jour au lendemain.

Matt se doutait bien, connaissant Elijah, que ce dernier ne le jugerait pas s’il lui parlait de tous ces questionnements existentiels qui lui traversaient la tête en cet instant. Cependant, cet amour non partagé risquait de détruire une amitié naissante à laquelle Matt tenait plus que tout et il ne pouvait envisager, ne serait-ce qu’une seconde, de devoir renoncer à voir Elijah.

L’esprit encore confus, l’ancien soldat remarqua enfin que l’objet de ses fantasmes se dressait debout en face de lui et lui tendait son verre de thé avec un regard interrogateur.

— À quoi pensais-tu? Tu semblais très loin d’ici, questionna finalement le kinésithérapeute.

— À mes parents, biaisa-t-il en haussant les épaules.

Il prit le verre et but une grande gorgée avant de poursuivre:

— Je ne pouvais pas m’empêcher de les comparer aux tiens.

— Tes parents? Maintenant que tu en parles, je ne les ai jamais vus au Centre, commenta Elijah d’un ton songeur. Ils habitent loin d’ici?

— De l’autre côté de la ville, dit-il à contrecœur.

Matt aurait bien aimé changer de sujet, mais comme c’était lui qui l’avait emmené au tapis, il serait malvenu de dire à Elijah d’aller se faire foutre avec ses questions. Après tout, le kinésithérapeute ignorait tout de la famille de Matt. Il ne savait pas que ce dernier était la bête noire à cacher. Il soupira, puis avoua tout en espérant ne pas apercevoir cet éclair de pitié qui ne manquerait pas d’apparaître dans les magnifiques yeux d’Elijah:

— Tu ne les verras pas. Ils ne viendront pas pour le fils imparfait et handicapé que je suis devenu.

Matt ricana, amer. Il ne prit pas le temps de réfléchir et ne songea même pas à retenir le flot de paroles qui sortit ensuite de sa bouche.

— J’ai presque toujours été un mauvais fils pour eux, un embarras qui se rebellait contre les règles établies et qui ne suivait pas la voie qu’on lui désignait. Ils ne viendront pas. Ils sont bien trop heureux d’être parvenus à me garder caché à leur entourage à la con en trouvant ce Centre et ils en payent les factures pour que j’y reste le plus longtemps possible!

Ce ne fut pas une lueur de pitié qui flamboya au fond des prunelles d’Elijah, mais de la rage pure. L’homme jura entre ses dents, envoyant au diable les parents de Matt. L’ancien soldat écarquilla des yeux stupéfaits en entendant les mots brutaux qui sortaient de la bouche charnue d’Elijah. Il n’avait jamais entendu l’homme pester de la sorte; Elijah n’y allait pas de main morte et portait un jugement très sévère sur tout ça. Matt le suivait du regard alors qu’Elijah marchait de long en large dans la cuisine. Il sentit une pression sur son épaule et vit Rose lorsqu’il leva la tête. Elle se pencha et murmura dans l’oreille de Matt:

— Ils sont idiots s’ils n’arrivent pas à réaliser quel homme extraordinaire tu es devenu, mon petit.

Puis, elle sortit de la pièce, entraînant ses deux filles à sa suite en marmonnant. Matt crut en outre distinguer la voix d’Amanda s’insurger contre “des imbéciles incapables de voir le trésor qu’ils avaient sous les yeux”. Il était seul avec Elijah, qui tournait en rond comme un lion en cage. Matt jeta une œillade derrière lui, se demandant s’il ne valait pas mieux qu’il quitte lui aussi la cuisine. Il n’avait pas envie de faire les frais de la colère du kinésithérapeute, même s’il savait qu’il n’en était pas la cause.

Alors qu’il se questionnait toujours ce qu’il devrait faire, Matt fut soudainement soulevé de son fauteuil, les bras costauds d’Elijah l’encerclant dans une étreinte qui se voulait réconfortante. Il ne songea pas un instant que l’homme pouvait le laisser tomber, il avait une confiance totale en Elijah, le kinésithérapeute ne le lâcherait pas, donc aucun risque qu’il aille s’étaler de tout son long sur le sol de céramique. Matt profita sans vergogne de cette proximité forcée pour entourer ses avant-bras autour du cou d’Elijah et, poussant plus loin l’expérience, il approcha son visage puis il enfouit son nez sous l’oreille de l’homme, sans éprouver de gêne ou de honte, respirant la bonne odeur de savon et de fraîcheur qui se dégageait la peau couleur café. L’ancien soldat avait enfin l’impression d’être chez lui, ici, dans ces bras-là en particulier. Un mini-paradis, juste pour lui, où les inquiétudes qui tourmentaient son existence s’endormaient pour le laisser en paix avec lui-même.

Le moment passa et ses fesses retrouvèrent l’assise du fauteuil roulant en douceur.
— Pardonne-moi, mais tes parents sont des connards de snobinards. Tu es un héros, putain! J’ai lu le dossier et les circonstances de l’explosion. Tu as sauvé la vie de ce gosse en le poussant et c’est toi qui as pris le choc à sa place. Que leur faut-il de plus?
— Des jambes en état de fonctionner et un diplôme d’avocat. Et puis, la mine était probablement défectueuse, sinon je n’aurais pas eu le temps de pousser la recrue plus loin; elle aurait sauté dès qu’il a mis le pied dessus. Là, elle a mis quelques secondes supplémentaires avant d’exploser.

— Ne cherche pas à diminuer la portée de tes actes. Tu es un héros et cette recrue, comme tu l’appelles, te doit la vie.

— Tout ça n’a plus d’importance, Elijah. Je suis plus cet homme-là. Je ne sais même pas ce que je ferai de ma vie en sortant du Centre.

Matt affichait une expression abattue qui sembla affecter Elijah. Le kinésithérapeute se pencha vers lui et posa les mains sur ses épaules. Ce simple contact donnait une force de volonté inconnue à Matt, quoiqu’il arrive, il était persuadé qu’Elijah serait là pour le soutenir. Il se redressa, retrouvant une énergie qu’il croyait avoir perdue.

— La psychologue pense que tu es cinglé et suicidaire, balança Elijah.

— Quoi? Beugla aussitôt Matt. Cette femme est incompétente, ma parole!

— Tu ne lui parles pas… Mais j’avoue que ce n’est pas une lumière, cette femme-là, mais elle est plutôt gentille. Elle part dans un mois pour travailler dans un autre État. Son mari a été muté.

L’ancien soldat soupira d’aise. Il détestait ces séances de psychanalyse, il n’en avait pas besoin, il pouvait très bien se débrouiller tout seul.

— Sa remplaçante arrivera la semaine prochaine, poursuivit Elijah qui avait remarqué l’air réjoui de Matt.

Une expression qui disparut si tôt que les derniers mots de l’homme lui parvinrent. Oh, non! Pendant un court instant, Matt avait espéré qu’il en aurait terminé pour de bon avec ces conneries de psychanalyse. Il semblerait qu’il avait eu tort de rêver.

— Tu sais, commença Elijah qui réfléchissait à voix haute, tu pourrais devenir intervenant social. Il faudra retourner un temps aux études, cependant je suis persuadé que tu t’en tireras comme un chef! Et puis, tu comprendrais mieux que personne les épreuves que les gens peuvent traverser. Oui, tu ferais un intervenant de premier ordre, conclut-il avec un large sourire qui fit frissonner Matt.

Bordel! Cet homme allait le tuer avec ses idées farfelues! Intervenant, lui? Toutefois, le concept faisait son chemin en lui. Jusqu’à présent, Elijah avait eu raison à son propos depuis le début. Matt avait souvent l’impression que cet homme le connaissait mieux que lui-même se connaissait. Lorsqu’Elijah lui souriait de la sorte, Matt ferait n’importe quoi pour qu’il continue. Bon sang! Je suis dingue, songea Matt, effaré. Complètement et irrémédiablement dingue de ce type.

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