Matt – 9

Plus de la moitié des cartons avaient été ouverts et leur contenu rangé. La famille d’Elijah avait fait des miracles en peu de temps. Une fois ses choses déchargées et transportées dans la maison, chacun s’était mis à la tâche. Rose et Amanda avaient préparé un repas fantastique pendant que les autres avaient déballé les divers objets rapportés de l’ancien appartement de Matt.

Il avait ri face aux priorités des hommes Monroe; ils s’étaient tous rassemblés autour de l’écran géant. Installer le système de cinéma maison leur avait pris environ une heure et ils avaient tous poussé un soupir de bien-être quand l’image et le son avaient jailli des appareils. La matriarche avait dû s’emparer de la télécommande pour qu’ils se remettent au travail et ne restent pas béats devant l’écran à visionner la rediffusion d’un match de football.

Pendant ce temps, Matt s’était réfugié dans la cuisine avec quelques boîtes d’ustensiles et de vaisselle, où Victory l’avait aidé avec cette joie enfantine qui ne la quittait jamais. Ensuite, il s’était attaqué à ses vêtements. Il se souvenait de son embarras lorsqu’il avait demandé à Elijah où il devait les ranger. Le kinésithérapeute avait proposé la chambre d’ami, mais seulement si Matt ne se sentait pas encore prêt à partager la même que lui. Dans cette éventualité, Elijah lui avait tout de même dégagé plusieurs tiroirs et de l’espace dans le placard, au cas où il se déciderait à sauter le pas. Matt avait roulé des yeux et avait entraîné Victory, qu’il avait affectueusement surnommé “chaton”, vers la chambre principale.

Quand il avait vu ses vêtements côtoyer ceux d’Elijah dans le placard après que la jeune trisomique les y ait suspendus, Matt avait ressenti un sentiment bizarre. Comme si tout d’un coup, il était rentré chez lui après des années d’errance.

La journée avait été vive en émotions de toutes sortes. Maintenant que tout le monde était parti et qu’Elijah était allé dans le garage afin de ranger les quelques boîtes renfermant les outils, Matt faisait le tour du propriétaire, en examinant son nouvel environnement et les petits objets qui le composaient. Il en profitait en même temps pour tenter de calmer sa nervosité qui montait crescendo. Bientôt, il faudrait se coucher pour la nuit. Qu’allait-il se passer? Bien qu’il avait souvent imaginé comment cela pourrait être, Matt n’avait jamais eu de relation sexuelle avec un autre gars. Serait-il à la hauteur? Les femmes avec qui il avait baisé ne s’étaient jamais plainte, mais Elijah? Il ne souhaitait pas le décevoir. Et puis, ils feraient plus que baiser. Dans l’esprit de Matt, ils feraient l’amour. Ce n’était pas du tout la même chose.

Matt fit rouler le fauteuil jusqu’à la chambre pour aller se chercher un boxer et un t-shirt propre. Il devait se laver. Hors de question qu’il fasse quoi que ce soit alors qu’il était couvert de poussière et qu’il empestait la sueur. Dès qu’il eut ses vêtements, il se rendit dans la salle de bain. La pièce n’était pas adaptée pour un handicapé, toutefois la tornade Elijah avait sévi ici. Une barre d’appui avait été installée sur le mur de la baignoire, il pourrait donc y entrer et en sortir, avec quelques efforts certes, mais il pourrait le faire sans demander de l’aide à chaque fois.

Il ouvrit les robinets et ajusta la température de l’eau. Matt avait l’impression qu’il y avait une éternité qu’il n’avait pas pris un bain. À l’hôpital, il avait eu droit à des nettoyages à la débarbouillette et aux douches. Au Centre, c’était également des douches. S’il remontait encore plus loin dans ses souvenirs, aux temps où il était en service au Qatar, c’était la même chose.

Quelques minutes plus tard, Matt plongeait son corps avec bonheur dans l’eau chaude. Ses muscles tendus ne mirent pas longtemps à se détendre. Cependant, dans un coin de son esprit, la pensée de ce qui se produirait sans doute tout à l’heure ne le quittait pas. Il se laissa glisser en arrière, la tête appuyée sur le rebord de la baignoire, les paupières closes. Son imagination partit en vrille, visualisant mille et un scénarios torrides.

On toqua contre la porte de la salle de bain et Matt sursauta, comme pris en faute, l’eau débordant légèrement sous le mouvement vif.

— Merde! Pesta Matt.

— Quelque chose ne va pas? Demanda aussitôt la voix d’Elijah de l’autre côté du battant.

— Non, ça va. Mais je viens de mettre de l’eau partout sur le carrelage.

Matt entendit le rire de son petit ami malgré la porte fermée.

— Tu as bientôt terminé? Questionna Elijah. Parce que tu es enfermé là-dedans depuis une quarantaine de minutes et que j’aimerais bien me laver moi aussi. À moins que tu ne veuilles que je te rejoigne dans l’eau?

— Non! S’écria vivement Matt. J’ai presque fini, poursuivit-il alors qu’il n’avait pas commencé à se savonner. Donne-moi dix minutes!

Fébrile, il se saisit du savon et le fit mousser entre ses mains. Il se lava aussi rapidement qu’il le put et s’extirpa avec maladresse du bain dont l’eau s’était refroidie.

Finalement, Matt pénétra dans la cuisine un quart d’heure plus tard et trouva Elijah attablé, une tasse de café vide devant lui. Ce dernier repoussa sa chaise et se leva quand il le vit.

— À mon tour, fit Elijah avec un sourire nerveux avant de sortir précipitamment de la pièce.

Matt était heureux; Elijah ressentait la même nervosité que lui face à cette situation nouvelle. Il alla ramasser la tasse oubliée, la déposa près de l’évier et se dirigea vers la chambre. Autant attendre confortablement, pensa-t-il.

Il fit rouler le fauteuil jusqu’au lit et s’y transféra. Allongé sur le dos, il observait le plafond, se refaisant dans la tête un film des évènements de la journée. Afin de mieux visualiser, Matt finit par fermer les yeux. Il revit Elijah en plein effort, soulevant un meuble, les muscles bandés. Dieu! Ce que ce type était canon, songea-t-il. Ce fut sa dernière pensée cohérente avant de sombrer dans le sommeil.

Une lumière dérangeante l’agaçait et quand Matt voulut se retourner pour l’éviter, il s’aperçut qu’un corps chaud était blotti tout contre lui. Un bras à la peau café au lait le ceinturait et un souffle léger s’égarait sur sa nuque. Il se sentait bien, comme si sa place avait toujours été là; dans ce lit avec Elijah.

Il n’avait pas envie de remuer. Il serait bien demeuré ainsi une éternité, il avait l’impression d’être dans un cocon douillet. Toutefois, la luminosité du jour devenait agaçante. Il tenta de s’éloigner un peu, mais l’étreinte du bras autour de lui se resserra.

— Ne bouge pas, fit la voix ensommeillée d’Elijah dans son cou. On est bien comme ça.

— Peut-être, rétorqua Matt. Mais ce n’est pas toi qui as le soleil en plein dans les yeux!

L’ancien soldat ne comprit pas tout des grommellements que fit son compagnon. Toutefois, il distingua quelque chose par rapport à l’ours grognon. Cela le fit sourire. Puis, il se retourna dans les bras d’Elijah pour lui faire face. Il croisa le regard trouble de son compagnon.

Matt leva une main et posa la paume sur le chaume qui parsemait les joues de son vis-à-vis. Les yeux dans les yeux, Matt s’approcha d’Elijah et n’arrêta son mouvement que lorsqu’il sentit sur ses lèvres le souffle de ce dernier. Ce qu’il vit dans les prunelles sombres de l’homme le convainquit qu’il avait fait le bon choix. Même si les mots n’avaient pas encore été prononcés entre eux, ils étaient là en suspens dans chacun des gestes qu’ils avaient et dans chacun des regards qu’ils échangeaient.

Au bout de ce qui sembla être une éternité, leurs bouches s’effleurèrent, d’abord avec hésitation, puis avec une assurance grandissante. Leurs langues entamèrent une valse grisante, explorant avec délices leurs saveurs mutuelles. Inexorablement, les mains de Matt, tout comme celles d’Elijah, partirent à la découverte de leurs corps.

L’ancien soldat lâcha la bouche d’Elijah pour pouvoir s’attaquer sans vergogne au torse nu qui était offert à sa vue. Des lèvres et de la langue, il embrassa cette peau à l’odeur d’ambroisie qui le rendait fou. Bien vite, il arriva au bourgeon du mamelon qui se dressait sous l’effet de l’excitation. Sans réfléchir, il le prit dans sa bouche et suça doucement, jouant de la langue sur la petite pointe turgescente. Elijah frissonna contre lui en gémissant. Heureux des réactions vives qu’il suscitait chez son partenaire, Matt poursuivit encore un peu de ce côté avant de passer à l’autre pectoral pour lui faire subir le même sort.
Il s’interrompit le temps d’enlever son t-shirt, puis il sentit les doigts d’Elijah s’introduire sous la bande élastique de son boxer, jusqu’à ses fesses. Elijah le pressa contre lui, lui faisant ressentir toute la force de son désir. Matt lui rendit la pareille, puis s’écartant un peu, il s’enhardit dans ses caresses et posa la paume sur cette bosse plus que révélatrice qui déformait le sous-vêtement d’Elijah. Ce dernier écarquilla les yeux de surprise et retint son souffle avant de le relâcher dans un doux son qui sonna comme la plus belle mélodie aux oreilles de Matt.

— Enlève-le, quémanda sans honte l’ancien soldat. Je veux te voir.

— Tu es certain d’être prêt à ça?

Matt balança des hanches, frottant leurs deux membres ensembles, aussi dur l’un que l’autre.

— Je n’ai jamais été prêt à ce point jusqu’à présent, commenta-t-il. Maintenant, enlève ce truc!

Il tira sur l’élastique pour bien faire comprendre à Elijah qu’il ne plaisantait pas. Puis pour montrer l’exemple, Matt commença à retirer le sien. Il souhaitait avoir cette peau brune tout contre la sienne, sans rien entre eux, surtout pas le tissu de leur boxer.
Quelques secondes plus tard, ils ondulaient de concerts, frémissants de cette sensation nouvelle. Matt sursauta et geignit de plaisir quand les doigts d’Elijah se saisirent de son membre et amorcèrent un mouvement de va-et-vient lancinant.

— Oh! Bon sang! Gémit Matt. Continue! Continue!

C’est à peine s’il réussissait à rester conscient de ce que lui faisait Elijah. Le feu que son compagnon allumait en lui était si vif, il n’avait qu’une envie et c’était de s’y brûler.  Elijah se déplaça et soudain, une douce chaleur l’enveloppa. Matt se cabra sous la déferlante de sensations qui le traversa à cet instant. Lorsqu’il regarda Elijah, il vit les lèvres pulpeuses qui s’ouvraient pour le prendre, observa cette bouche accueillante qui était en train de le caresser langoureusement sur toute sa longueur.

Matt ne se rappelait pas avoir un jour vécu une expérience aussi intense avec quiconque. Elijah allait lui faire perdre la tête. Il arrivait à se retenir avec peine. Il voulait encore plus. Il voulait Elijah, il en avait besoin comme de l’air qu’il respirait.

— Elijah, parvient-il à articuler, égaré quelque part dans son plaisir. Je veux… Je veux… Il faut que je…

Ce fut une chance que son partenaire le comprit à demi-mot. Elijah cessa sa tendre torture pour remonter sur lui. Matt l’attira dans un autre baiser, mais Elijah se dégagea pour se pencher vers la table de chevet dont il ouvrit le tiroir. L’ancien soldat le vit en extraire un tube de lubrifiant neuf et un préservatif. Son compagnon s’enduisit les doigts de lubrifiant et se prépara impatiemment. Ensuite d’un coup de dents, Elijah ouvrit l’emballage du préservatif et le déroula sur le sexe tendu de Matt, profitant au passage pour prodiguer quelques savantes caresses tout en recouvrant généreusement de gel le membre. Matt grogna et balança le bassin.

— Tu ne bouges pas, lui ordonna Elijah d’une voix rauque. Contente-toi de sentir… Et tu ne bouges pas jusqu’à ce que je te dise que tu peux.

— Elijah, geignit Matt qui n’en pouvait plus d’attendre.

Elijah se hissa au-dessus de lui, prit la verge de Matt bien en main et la positionna à son entrée. Il s’abaissa ensuite lentement sur lui. Matt fixa la jonction de leurs deux corps et il sentit l’obstacle des sprinters qu’Elijah lui fit passer en descendant toujours plus sur lui, puis il fut à l’intérieur, complètement. Enfin. Un râle de pur bonheur sortit de sa bouche.

Elijah était si serré autour de lui, si chaud. Matt n’avait jamais rien ressenti de tel. Se retenir d’onduler des hanches était un véritable calvaire. Un si doux enfer.

Et ce fut encore pire quand son compagnon amorça un léger mouvement, se soulevant, faisant glisser le membre en partie hors de son corps, n’y laissant que le gland gonflé. Puis, il redescendit, l’engloutissant de nouveau jusqu’à la garde.

— Tu vas me tuer, gronda Matt.

Elijah émit un rire rauque qui fit frissonner Matt d’anticipation pour la suite. Il observa son compagnon se pencher un peu vers lui, les paupières closes, le visage exprimant son plaisir, une de ses mains faisant des va-et-vient sur le sexe foncé. Matt leva les bras et attira Elijah à lui, posant les lèvres sur les siennes, l’embrassant fébrilement. Ils gémirent de concert.

L’ancien soldat déposa les paumes sur le bassin d’Elijah, les doigts écartés sur les fesses fermes, puis il pressa le corps plus fort contre lui.

— Bouge! Maintenant! Balbutia Elijah d’une voix étranglée.

Les hanches de Matt tressautèrent, puis prirent un rythme d’abord lent et tout en douceur.

— Dieu! Ce que c’est bon, geignit-il. Oh! Bon sang! Elijah! Je…

Très vite, les mouvements des deux hommes se firent frénétiques, les grondements de plaisirs se succédant. Matt sentait une pression inexorable s’accumuler en lui. Il n’aurait jamais cru pouvoir tirer tant de bonheur, de joie à une relation sexuelle. Mais ici, ce n’était pas que ça. C’était un tout. C’était les sentiments sans commune mesure qu’il avait pour cet homme-là qui faisait toute la différence. Elijah était son tout, son autre moitié. Il l’aimait.
Matt ne pouvait plus se contenir. Il allait exploser.

— Elijah… Je vais… Je ne peux plus…

Son petit ami resserra ses muscles autour de lui, Matt ne le supporta pas. Ses testicules se contractèrent et il se mit à jouir dans un râle, suivi de près par Elijah qui lui éclaboussa le torse de son sperme.

Matt prit un certain temps à recouvrer ses esprits et son souffle, le poids d’Elijah sur lui était l’une des expériences les plus agréables qui soient. Ce qui l’était moins était le sperme collant qui commençait à sécher entre eux. Mais bordel! Ce que ça avait été bon. S’il ne l’avait pas vécu, il n’aurait jamais pu croire que ce genre de sensation, presque transcendante, puisse exister. Il s’agita un peu et Elijah se laissa glisser sur le côté, à demi sur lui. Son membre sortit par le fait même du corps de son petit ami où il était demeuré en semi-érection entre temps.

Il tourna la tête vers Elijah.

— On est encore en vie? Questionna-t-il, une pointe d’humour nettement audible dans sa voix.

— Je ne sais pas. Redemande-le-moi dans une heure… Quand je serai de nouveau capable de tenir sur mes jambes, répondit Elijah, le visage enfoui dans le cou de Matt.

— C’était… C’était… Indescriptible. J’ai l’impression d’avoir été traversé par un tsunami.

— J’espère que c’est dans le bon sens… Murmura Elijah qui s’était légèrement redressé pour le regarder.

— Oui… Fit Matt.

L’ancien soldat glissa une main derrière la nuque d’Elijah et il l’attira à lui pour pouvoir s’emparer de ses lèvres. Ils s’embrassèrent, se disant dans ce baiser plein de tendresse tous ces sentiments qu’ils n’avaient pas encore exprimés en paroles.

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