Gareth – 6

Étendu dans son lit et les mains croisées derrière la nuque en guise d’oreiller, Gareth fixait le plafond sans le voir. Il était perdu dans des pensées moroses qui tournoyaient en une folle danse dans sa tête, cela lui donnait presque la nausée.

Elijah avait-il raison? Devait-il vraiment se confier à Matt? À Henri? Quelque part, il savait au fond de lui que c’était la chose à faire. Pourquoi hésitait-il alors? Probablement à cause de cette peur monstrueuse qui lui tordait les tripes et qui lui donnait aussi un mal de crâne terrible. Ça le rendait incapable de réfléchir calmement.

Pourquoi diable se torturait-il ainsi? Depuis le temps qu’il connaissait Matt, il devrait savoir que le bonhomme ne le laisserait jamais tomber. Il n’était pas comme sa sœur qui l’avait abandonné aux services sociaux. Il n’était pas comme ces familles d’accueil qui le rejetaient dès qu’elles savaient pour son homosexualité, comme si le fait d’accueillir un homosexuel sous leur toit allait tous les contaminés.

Des imbéciles homophobes, voilà ce qu’ils avaient tous été. Sauf une famille. Les membres de cette famille-là l’avaient pris sous leurs ailes. Ils souhaitaient même l’adopter. Ça ne s’était pas concrétisé, les services sociaux ayant rejeté leur demande. Il n’avait jamais vraiment su pourquoi. Tout ce qu’il savait, c’est que ces salauds l’avaient envoyé ailleurs.

Pour l’instant, la seule chose claire à son esprit et à son cœur, c’est que les sentiments qu’il éprouvait pour Matt avaient changé de nature. S’il l’avait autrefois aimé d’amour avec un grand A, il l’aimait maintenant comme un frère. L’idée d’être dans un lit avec lui pour autre chose que de dormir de façon platonique lui donnait une impression d’inceste et le rendait presque malade.

Pour dire vrai, le problème se situait au niveau de l’alcool. Même s’il arrivait à cesser de boire, il demeurait un alcoolique le restant de ses jours. La tentation le suivrait partout et il pouvait retomber à chaque instant qui passait. Aux yeux de Gareth, c’était une faiblesse impardonnable. Son ami accepterait-il l’épave ambulante qu’il était devenu? Cette personne incapable pour le moment de prendre soin d’elle-même?

Du fond de son cœur, il savait que oui. Matt l’accepterait tel qu’il était, avec ses défauts gros comme le monde et ses qualités. Gareth ne voyait pas pour l’instant de quelles qualités il aurait pu s’affubler, mais comme personne n’en était totalement dépourvu il imaginait qu’il devait bien en posséder quelques-unes. Matt pourrait probablement lui en fournir une courte liste.

Restait Henri. Qu’allait-il faire du jeune homme? Que pouvait-il lui dire? Jusqu’à présent, Henri avait rejeté en bloc toutes ses tentatives d’explications. Non pas qu’il ait vraiment insisté beaucoup pour s’expliquer, il voulait surtout s’excuser. S’excuser d’avoir été un tel connard égoïste cette nuit-là. Bordel! Pourquoi n’avait-il pas été capable de retenir sa queue dans ses putains de pantalon? Il était soul, elle n’aurait même pas dû être capable de bander. Pourtant, il avait suffi qu’il soit seul avec le jeune homme pour que ça arrive.

Le pire, c’est qu’il se rendait compte qu’il désirait toujours Henri. Pour sa défense, la plastique parfaite d’Henri prêtait aux fantasmes. De plus, ce dernier s’était mis en tête de faire du yoga dans le salon à sa vue. Quand Henri exposait son corps aux muscles ferme et délié devant ses yeux, Gareth ne pouvait empêcher son imagination de partir en vrille. Particulièrement lorsque le jeune homme adoptait une posture qui semblait subjective à autre chose dans son esprit. Et cette manie qu’avait Henri de se vêtir de vêtements sport moulants lors de ses exercices mettait le feu au corps de Gareth.

Bon sang! Le jeune homme avait dix ans de moins que lui. Il méritait d’avoir une belle et bonne vie, d’avoir quelqu’un de bien dans sa vie. Et ce n’était pas Gareth. Lui, il était fini. Il était trop brisé de l’intérieur pour pouvoir être impliqué sentimentalement avec qui que ce soit. Tout ce qu’il risquait de faire, c’était de transformer la vie de l’autre en enfer. Il ne souhaitait pas ça. Ne voulait pas de ça.

Elijah avait raison. Gareth devait discuter avec Henri. Essayer de régler leur différent, lui expliquer pourquoi il avait agi aussi mal. De s’excuser encore pour sa conduite inqualifiable. Il n’avait pas besoin de lui dire qu’il avait un sérieux problème avec l’alcool, juste que ça n’allait pas dans quelque part dans sa tête et qu’il devait voir un spécialiste pour ça. Il se redressa dans son lit. Assis, il prit sa tête entre ses deux mains, découragé.

— Merde! Maugréa-t-il à voix basse. Autant lui dire que t’es cinglé et fou à lié. Tout juste bon pour la camisole de force. Tu n’es qu’un imbécile de première.

Gareth entendit une latte du plancher de bois grincer dans le couloir. Il crut que Matt venait encore lui proposer un verre d’eau ou un oreiller, puis il se rappela qu’Elijah avait traîné son mari au cinéma ce soir. Henri. C’était Henri.

[ —- Si vous lisez ce texte ailleurs que sur kahei-novels.net c’est qu’il a été volé et publié sans l’autorisation de l’auteur. —- ]

Les pas arrêtèrent devant sa porte. Le bruit que fit le poing d’Henri en toquant sur le bois le fit sursauter. Bien que tremblant intérieurement, ce fut d’une voix ferme qu’il cria d’entrer. La porte s’ouvrit aussitôt sur l’homme occupant ses pensées. Henri affichait un air morose, comme s’il était là à contrecœur et Gareth ne doutait pas que ce soit en effet le cas.

Malgré l’absence de sourire et l’allure renfrognée, il le trouva magnifique. Une partie de lui tressaillit, réagissant à cette présence que son corps appelait de tous ses vœux. Il tenta de se raisonner et y parvint dans une certaine mesure.

— Qu’est-ce qu’il y a? Demanda-t-il avec une note d’impatience perceptible dans son ton.

Ce n’était pas contre Henri qu’il en voulait, c’était contre lui-même. Il se révélait tellement faible face au jeune homme, alors qu’il aurait voulu être fort. Ce qu’il ressentait en ce moment était si éloigné de ce qu’il avait ressenti avec Matt. Il n’arrivait pas à trier toutes ses émotions nouvelles qui l’assaillaient et il préférait les occulter, tenter de les oublier. Il n’y parvenait pas très bien, mais gardait l’espoir de réussir.

Seul dans la maison avec Henri, Gareth sut qu’il ne pourrait pas trouver meilleur moment pour entamer une discussion avec le jeune homme. Jusqu’à présent toutes ses tentatives s’étaient soldées par un échec cuisant. Il ignorait ce qu’il devait dire ou faire pour qu’Henri se décide enfin à l’écouter. À l’exception des mots « je suis désolé », rien ne lui venait à l’esprit. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, n’importe quoi, mais Henri le devança.

— Matt m’a dit de te donner tes analgésiques à cette heure-là, fit sombrement Henri en pénétrant dans la chambre, un verre d’eau à la main et les cachets dans l’autre.

Gareth ne voulait pas de ces foutus cachets. Ils lui embrouillaient le cerveau, or il en avait besoin en cet instant, même si l’organe ne semblait pas vouloir coopérer.

— Je n’en veux pas, répliqua-t-il avec l’impression de se comporter en enfant.

— Je m’en fou que tu les prennes ou pas, fit savoir Henri. Si tu ne les avales pas, la douleur t’empêchera de dormir. C’est ton problème, pas le mien.

Il tendit la main pour prendre les pilules et les balança dans sa bouche avant de réfléchir davantage. Henri lui donna le verre et Gareth prit une grande gorgée d’eau. Le jeune homme lui reprit le verre pour le déposer sur la table de chevet et il se détourna de lui pour quitter la pièce.

— Je suis désolé. Vraiment désolé! Je ne sais pas ce qu’il m’a pris cette nuit-là. Je…

Il vit Henri se retourner d’un bloc vers lui, le foudroyant du regard.

— Arrête de t’excuser! Tu étais soul! Voilà ce qui est arrivé! Tu m’as pris pour Matt pour je ne sais quelle raison, alors qu’il n’y a plus différent dans l’apparence qu’un blanc et un noir. Tout ce que je te demande, c’est de te tenir loin de mon beau-frère, dit-il, menaçant.

— Je ne peux pas, il…

— Tu… te… tiens… loin… de lui, l’interrompit Henri, rouge de rage.

— C’est impossible, il…

— Qu’est-ce que tu ne piges pas dans « tu te tiens loin de lui »? Beugla le jeune homme en l’interrompant de nouveau.

— Bordel! Si tu me laissais finir mes phrases, tu le saurais, idiot! Cria Gareth, maintenant fou de colère.

Ils se faisaient face à face, deux visages affichant le même air enragé. Gareth ne comprenait rien à l’attitude irrationnelle d’Henri. Le jeune homme avait toujours été d’un calme olympien auparavant. Avant cette nuit-là. Comment avait-il pu changer à ce point? Il n’était plus la personne dont se souvenait Gareth. Cette personne qui arrivait à le faire rire d’une plaisanterie bien placée. Cette personne sensée et fiable sur laquelle il avait pu compter dans quelques moments sombres après son retour d’Afghanistan. Depuis qu’il le connaissait, Henri avait toujours répondu présent quand il avait eu besoin de lui. C’était lui qui avait abandonné tout le monde, pas Henri.

Il chercha ses mots.

— Matt est…

Gareth fut poussé brutalement sur le lit et ses côtes protestèrent en lui envoyant une décharge de douleur. Un poids s’appuya sur son torse, le maintenant plaqué sur le matelas. Son gémissement de souffrance ne passa jamais ses lèvres. Une bouche impérieuse attaqua la sienne et il oublia bien vite ses douleurs.

Entrouvrant les lèvres, une langue inquisitrice l’envahi, explorant sans vergogne la cavité offerte librement. Le baiser n’était pas tendre, ni doux. La rage qu’ils ressentaient l’un et l’autre transparaissait. C’était à savoir qui céderait le premier. Ce fut Gareth, emporté par un maelstrom d’émotions inconnues. Il voulait plus. Tellement plus.

Il leva les mains et les glissa dans le dos d’Henri, sentant sous ses paumes les muscles qu’il avait rêvé de caresser tant de fois ces derniers temps. Il vivait un mirage. Comment était-il possible qu’Henri puisse désirer un type tel que lui? C’était inconcevable. Pourtant, il sentait contre son aine une bosse révélatrice qui ne mentait pas.

Dieu! Si Henri décidait de le repousser, il ne le supporterait pas.

À son grand bonheur, le baiser s’intensifia. Henri conservait son appui sur ses bras, veillant à ne pas mettre de poids sur ses côtes blessées. Gareth lui en fut reconnaissant.

Soudain, une main se faufila sous son t-shirt, le remontant sur son torse bandé. Quand elle s’attarda sur son abdomen, Gareth frémit de dépit, espérant qu’elle descende plus bas. Son souhait fut exaucé quelques secondes plus tard. Il en gémit de plaisir anticipé, tremblant d’impatience. Les doigts fureteurs s’arrêtèrent à la bordure de son survêtement. Gareth balança le basin vers l’avant, invitant sans équivoque Henri à poursuivre.

À contrecœur et à bout de souffle, Gareth éloigna sa bouche de celle d’Henri, le temps de prendre une bouffée d’air. Il haletait. Henri plongea le visage dans son cou, le mordillant puis le mordant carrément à l’épaule, lui arrachant un cri de douleur et de plaisir mêlé. Il en garderait probablement une marque, mais il s’en fichait.

Le jeune homme se redressa, le fixant de ses yeux obsidiennes. Puis, il le débarrassa de son pantalon et de son boxer dans un même mouvement. Henri contempla le sexe fièrement dressé de Gareth, avant de s’en saisir brusquement. Gareth tressaillit sous la sensation trop forte et son corps s’arqua.

Henri n’était pas doux, loin de là. L’agressivité n’avait pas disparu, elle avait juste changé de nature. Gareth voulait la douceur d’Henri, celle dont il se souvenait. Il n’y eut pas droit.

Les caresses, bien que rudes, lui donnaient tout de même un plaisir qu’il n’avait plus connu depuis ce qui lui semblait être une éternité. La bouche d’Henri captura de nouveau la sienne, dure, exigeante. Gareth s’y abandonna, n’ayant d’autre choix que de subir l’assaut charnel dont il était une victime consentante.

Henri relâcha sa prise sur son sexe et Gareth émit un grondement de protestation. Puis, il entendit le bruit que fit la fermeture éclair du jeans d’Henri en coulissant. Enfin! Pensa-t-il. Puis il déchanta. Ils n’avaient pas de préservatifs. En tout cas, lui n’en avait pas. De sa vie, la seule fois où il avait baisé sans préservatif était cette fameuse nuit avec Henri. Il ne souhaitait pas commettre le même impair ce soir. Non pas qu’il soit inquiet, il faisait confiance en Henri et suite à tous les examens passés à l’hôpital, Gareth savait qu’il était clean. C’était une simple question de principe.

Il ouvrit les yeux, qu’il ne se souvenait pas avoir fermés, et observa Henri fouiller dans la poche arrière de son pantalon qu’il s’était contenté de descendre un peu sur ses hanches pour libérer son sexe. Le jeune homme en sortit un emballage caractéristique.

À califourchon sur lui, Henri eut vite fait d’enfiler le condom. Le jeune homme lui écarta les jambes et se positionna entre elles. Effaré, Gareth regarda Henri mouiller ses doigts de salive et en enduire son entrée sans délicatesse. Merde! Cela faisait longtemps que Gareth n’avait pas été passif, il n’était pas prêt. Inconsciemment, il se raidit, rendant sans le vouloir la pénétration encore plus difficile.

Quand Henri poussa pour entrer en lui, il eut mal et il retint sa respiration. Une fois le gland passé, le jeune homme se pencha sur lui et l’embrassa avec vigueur, demeurant immobile en lui. Au bout d’un temps qui lui parut l’un des plus longs de son existence, Gareth finit par se détendre, répondant au baiser avec enthousiasme. Il cabra les hanches contre le corps chaud sur lui. Comme s’il n’avait attendu que ce signal, Henri donna un coup vigoureux, entrant entièrement dans la cavité.

Gareth eut l’impression d’une déchirure tant il eut mal. Le souffle coupé, il voulut repousser Henri, mais il n’en trouva pas la force. Le jeune homme semblait pris d’une frénésie soudaine et il enchaînait les coups de butoir, sans considération pour son partenaire. Un flot de souvenirs amers remonta à sa mémoire, le faisant grimacer. Il croisa le regard noir d’Henri. Des yeux remplis de désirs, d’espérances déçues, d’amertume.

Gareth leva la main et la posa doucement sur la joue du jeune homme. Ce dernier détourna la tête et enfouit son visage dans son cou. Il soupira quand Henri se fit plus délicat sans pour autant cesser ses mouvements. Puis, un point fut atteint en lui qui provoqua un frisson de plaisir dans son corps entier. Bon sang! Encore!

— Encore, parvint-il à gémir.

Henri s’exécuta sans mot dire. Gareth avait l’étrange sensation de se liquéfier. Un torrent brûlant se déversait dans ses veines emportant tout sur son passage. Il entendait des gémissements et des petits cris de plaisir, et il réalisa que c’était lui. Normalement, il n’était pas du genre bruyant, mais Henri lui faisait perdre tout contrôle. Bien vite, il se laissa aller à la tempête qui faisait rage en lui et il jouit dans un grand cri alors qu’Henri allait buter une nouvelle fois contre sa prostate. Deux coups rein plus tard, Henri le suivait dans l’extase.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *