Gareth – 7

Henri était parti et l’avait laissé seul.

Gareth allait mal. Bien qu’il soit un peu endolori, physiquement, ça allait. Le problème se situait dans sa tête. À moins que ce ne soit dans son cœur? Il ne savait plus.

Il aurait souhaité qu’Henri demeure avec lui. Passe la nuit avec lui. Cependant, dès qu’ils avaient eu terminé de faire l’amour, Henri avait remonté son pantalon rapidement, lui avait apporté une débarbouillette pour qu’il se lave et était reparti comme il était venu. Il n’y avait pas eu de mots échangés, juste des regards lourds de sens.

Gareth voyait bien qu’Henri regrettait ce qui venait d’arriver. Pas lui. Il ne regrettait pas d’avoir fait l’amour avec le jeune homme. Cependant, pouvait-on parler d’amour? Pas vraiment. Il y avait eu trop de rage entre eux, surtout au début. Gareth avait vite oublié les raisons de sa colère. Il voulait Henri, peu lui importait alors comment les choses se dérouleraient.

Il avait l’impression d’avoir été utilisé. Bordel! Henri ne s’était même pas donné la peine de se dévêtir, il n’avait fait que baisser son pantalon sur les hanches! Trop perdu dans les sensations qui le traversaient, Gareth ne s’en était aperçu que lorsque le jeune homme s’était rhabillé.

Puis, Gareth réalisait maintenant qu’il avait agi de même l’année passée. Il fallait croire qu’il récoltait les fruits de ce qu’il avait semé. Il expérimentait l’autre côté de la pièce, et il détestait ce qu’il découvrait. Quel con il avait été! Il l’était toujours d’ailleurs. Lui qui croyait avoir touché le fond… Il ne pouvait pas s’être plus fourvoyé. C’était en ce moment qu’il était au fond du trou. Désespéré de constater qu’encore une fois, il s’attachait à la mauvaise personne. Non, pas la mauvaise. Henri était quelqu’un de bien. Si tout allait mal, il ne pouvait pas tenir Henri pour responsable.

Bordel! Il s’attachait? Non. Il constatait chaque fois qu’il voyait Henri que c’était plus qu’un simple attachement. Il ne faisait pas juste l’apprécier. Si cela avait été le cas, son cœur se serait tenu à carreau lors des rencontres fortuites avec le jeune homme. Or, il battait la chamade, Gareth s’étonnait qu’Henri n’en ait pas entendu les battements tellement il lui semblait, à lui, assourdissant.

Dès qu’ils étaient dans la même pièce, le regard de Gareth errait sur la beauté sombre d’Henri. Tout ça devenait obsessionnel, malsain. Il se surprenait souvent à rêver d’une vie aux côtés d’Henri où ce dernier lui aurait pardonné ses erreurs passées. Une vie ressemblant à ce que Matt et Elijah vivaient. Il désirait la même chose, un amour empli de complicité comme le leur.

Amour? Aimait-il Henri?

Gareth se rappela comment Henri agissait envers les membres de sa famille. Comment il aidait sa mère, Rose, dans la cuisine. Comment il taquinait son jeune frère. Comment il discutait et débattait des problèmes sociaux avec Amanda, sa sœur avocate. Comment il prenait soin et amusait Victory, sa petite sœur trisomique. Il revoyait chacune des scènes dans son esprit. Henri était une personne si douce et tendre avec les gens qu’il aimait!

Lorsque Gareth voyait ce même homme agir avec rudesse et intransigeance avec lui, il ne pouvait qu’en conclure qu’Henri le détestait.

Dans un coin de sa tête, il revit la bouteille de Vodka rangée dans le salon. Dieu! Ce qu’il n’aurait pas donné pour seulement pouvoir en prendre une gorgée, juste là, maintenant. Cependant, juste le fait de parvenir jusqu’à la bouteille relèverait de la gageure. Autre chose, l’état de manque permanent ressenti lors du sevrage et les tremblements qui l’accompagnent avaient cessé. Était-il prêt à tout recommencer du début pour un instant de faiblesse? Il valait mieux pour lui qu’il reste prostré dans son lit à se morfondre.

Non. Pas se morfondre, songea-t-il. Il devait essayer de voir le bon côté des choses. C’est ce que la psy de l’hôpital lui avait conseillé. C’était toutefois plus facile à dire qu’à faire.

Qu’y avait-il de positif dans le fait qu’il s’était fait baiser par l’homme qu’il aimait? Merde! Le mec l’avait jeté comme une vieille chaussette trouée et puante sitôt son affaire finie. Gareth en était malade quand il revoyait l’expression écœurée qu’Henri avait eue après. Seigneur! Ce que ça faisait mal!

Soudain, le monde autour de lui fut flou. Il passa une main tremblante sur ses yeux. Des larmes, constata-t-il, incrédule. Il pleurait comme un gamin et, pour la première fois de sa vie, il se fichait bien de montrer ce qu’il ressentait, même si pour l’instant il n’y avait personne pour le voir. Gareth saisit un oreiller et le serra contre lui. Il sentait les larmes amères couler sur ses joues, y laissant une traînée brûlante. Il finit par enfouir le visage dans l’oreiller, hoquetant douloureusement.

Il n’aurait jamais imaginé qu’aimer put faire souffrir autant. Cela n’avait pas été si dur quand il avait perdu Matt au profit d’Elijah. L’amour qu’il avait porté à Matt était un amour tranquille, calme… sécurisant. Celui qu’il portait à Henri était d’une autre nature, plus violent et, il s’en rendait compte à présent, plus profond. Il avait pris naissance en lui graduellement, sans qu’il s’en aperçoive.

Cela faisait des années que Gareth connaissait Henri et il ne comprenait que maintenant que tout ce temps-là, il avait porté des oeillères.

Il étouffa un sanglot dans l’oreiller détrempé. Il n’en pouvait plus. Tout ce qu’il avait toujours voulu, c’était de compter pour quelqu’un. Puis quand cette personne s’était présentée devant lui, il n’avait pas pu saisir sa chance. Aujourd’hui, c’était foutu. Henri ne voulait plus de lui.

Il inspira profondément, cherchant son souffle, épuisé et à bout de nerfs. La maison silencieuse ne laissait pas deviner la présence du jeune homme. Pourtant, Gareth savait qu’il était là, quelque part. La tentation de tout oublier était si proche…

Il rêvait d’un verre. Du whisky. Un bon Lagaluvin. Juste d’y penser, il pouvait presque sentir sur sa langue le goût de l’alcool. Sauf que ce n’était pas le goût du whisky qui s’attardait dans sa bouche; c’était celui d’Henri, cent fois plus enivrant que celui de n’importe quel alcool. Juste se remémorer les sensations que lui avait fait ressentir le jeune homme lors de leur baiser, et Gareth sentait monter en lui une nouvelle vague de désir.

Il était si peu probable que cette expérience se reproduise… Si seulement il était une autre personne. Avec moins de problèmes, et surtout, avec moins de bagages encombrants derrière lui. Gareth en avait marre de sa vie. Ces deux dernières semaines, le changement avait été amorcé. Oh! Il continuait de s’apitoyer sur lui-même, et il ne croyait pas pouvoir cesser de le faire du jour au lendemain.

Depuis plusieurs années, il adoptait systématiquement un comportement autodestructeur. Il se rendait compte qu’il avait commencé bien avant Matt, avant l’armée même. Cela datait de ses années en familles d’accueil. Gareth ignorait comment devenir une personne digne d’intérêt. L’avait-il déjà été? Il imaginait que oui, sinon Matt ne serait pas devenu son ami… son frère.

Il lui fallait apprendre une nouvelle façon de réfléchir, de penser. Il devait effectuer le véritable tournant à sa nouvelle vie; celle sans l’utilisation de l’alcool comme béquille à ses sentiments. Il n’était pas complètement idiot et réalisait qu’il aurait un sacré rattrapage à faire pour apprendre. Cependant, il savait qu’il pouvait y arriver. Il avait le soutient de gens de valeur. Matt et Elijah ne le laisseraient pas affronter ces démons tout seul. Puis, il y avait cette étrangère, cette psychologue. Son ami lui en avait dit le plus grand bien. Il avait d’ailleurs rendez-vous avec elle dans deux jours.

—Merde! Jura-t-il. Ça veut dire que c’est demain… Déjà?

Demain, il devait se rendre à sa première réunion des Alcooliques Anonymes. Elijah lui avait même proposé de le conduire là-bas l’autre jour, cela lui était complètement sorti de l’esprit. Bien que l’idée était plutôt séduisante et retarderait le moment où il devrait confesser ses tares à son meilleur ami, il ne voulait pas qu’Elijah l’accompagne.

Gareth ne pouvait plus tergiverser et lambiner. Le moment semblait venu de tout avouer à Matt. Avec une vigueur quelque peu frénétique, il passa les mains dans ses cheveux, manquant presque se les arracher au passage. Puis, il les fixa pendant un moment. Elles tremblaient, non du manque causé par la désintoxication, mais par la crainte qui envahissait tout son être. La crainte de perdre l’amitié de Matt.

Bon sang! Il connaissait Matt, le mec n’allait pas le rejeter pour ça. Non, Matt allait plutôt le trucider quand il apprendrait tout ce que Gareth lui avait caché. Oh! Ça oui, il devait se préparer à passer un mauvais quart d’heure.

La trouille qui le clouait sur place était davantage liée à Henri. Comment le jeune homme réagirait-il face à ses cachotteries ?

De justesse, Gareth retint le flot d’injures contre lui-même qui manqua sortir de ses lèvres. Il n’avait jamais été aussi angoissé à cause de quelqu’un. Gareth prit sa tête douloureuse entre ses mains. Que devait-il faire pour entrer dans les bonnes grâces d’Henri? Il y avait forcément quelque chose qu’il pouvait faire… il ferait n’importe quoi: marcher sur les mains, lire des putains de livres de psychologie, suivre une thérapie pendant des années s’il le fallait. N’importe quoi !

À quel moment ses pensées avaient-elles commencés à tourner autour d’Henri ? Tout revenait sans cesse à lui. Ça faisait un bon moment, pourtant ce n’était que maintenant que Gareth s’en apercevait. Pourquoi ne s’en rendait-il compte qu’aujourd’hui ? Avait-il changé tant que ça depuis que cette bagnole l’avait happé ?

Gareth ouvrit les yeux. Sa vision un peu floue lui indiqua que les analgésiques qu’il avait avalé plus tôt commençaient à faire leur effet. Regardant le réveil, il constata que seulement une vingtaine de minutes s’étaient écoulées depuis le départ d’Henri. Il aurait juré que cela faisait plus longtemps.

Matt et Elijah ne tarderaient plus à rentrer. Il ferait mieux de se dépêtrer à enfiler un vêtement, un short ou un survêtement, et vu les difficultés qu’il avait à se déplacer et à s’habiller seul cela lui prendrait une éternité. Il devait être prêt à discuter avec Matt dès leur retour.

Gareth ne voulait plus rien cacher à son ami de ses problèmes. Il comptait commencer par lui avouer son alcoolisme. Ensuite, il lui faudrait trouver le courage d’avouer à son pote qu’il était en partie cinglé et qu’il lui arrivait d’avoir des hallucinations visuelles ou auditives. Dans sa tête, Gareth tenta de trouver comment présenter les choses. Plusieurs scénarios se dessinèrent dans son esprit, chacun tournant à la catastrophe et au rejet.

Ça n’allait pas. Vraiment pas. Il avait le sentiment qu’il allait être malade tant il avait mal au cœur quand il songeait aux conséquences que son addiction pour l’alcool pourrait avoir sur son amitié avec Matt. Merde ! Comment présenter ça à Matt ?

Plusieurs jurons fleurirent sur ses lèvres sans s’en échapper.

— Reprends-toi, Gareth, s’admonesta-t-il. Matt ne me laissera pas tomber. Ce n’est pas son genre. Il risque juste d’être encore plus mère poule avec moi…

Il devait agir. Rester prostré dans son lit à se questionner n’apporterait rien de bon. D’abord, commercer par le commencement: s’habiller. Gareth ne pouvait envisager de se présenter devant Matt, et peut-être Elijah, vêtu que de son plâtre et de ses bandages.

Il essuya ses yeux gonflés et rougis, puis se redressa. Tendant le bras, il approcha la chaise roulante du lit. Premier objectif: s’assoir dedans sans cogner sa jambe et sans forcer sur son poignet blessé ou ses côtes fracturées.

Après une quarantaine de minutes, Gareth était installé dans le fauteuil. En nage après être parvenu à revêtir un vieux pantalon de survêtement dont la jambe avait été découpée pour faciliter les choses avec le plâtre, mais il était plutôt fier d’y être parvenu tout seul. Son poignet douloureux lui apprenait qu’il en avait un peu trop fait. Cependant, la joie qu’il éprouvait à être parvenu à se débrouiller sans l’aide de quiconque dépassait cet inconfort temporaire.

Péniblement, il alla à la porte de la chambre et l’entrouvrit. Sachant qu’Henri était quelque part dans la maison, Gareth ne voulait pas que le jeune homme surprenne sa conversation avec Matt. Déjà que tout expliquer à Matt serait difficile… L’intimité que lui offrait sa chambre lui semblait parfaite pour avoir cette conversation qu’il repoussait depuis sa sortie de l’hôpital.

Bientôt, Gareth entendit la porte d’entrée claquer et les voix de Matt et d’Elijah résonnèrent dans le silence du salon. Gareth prit une grande inspiration, essayant de se calmer. C’était maintenant ou jamais. Il ouvrit en grand et sortit dans le couloir. D’où il était, il voyait Elijah et il lui fit signe de la main.

— Bonsoir, Gareth ! Tu as besoin de quelque chose ? Questionna aussitôt Elijah.

— Pas vraiment, répondit-il en cherchant ses mots. Enfin… oui. Il faut que je parle à Matt, finit-il par dire.

Si Matt afficha un air surpris devant l’expression pleine de sérieux de Gareth, Elijah adressa pour sa part un large sourire de soulagement à ce dernier. Il alla même jusqu’à se placer derrière son mari et à le pousser vers l’avant en disant:

— Il était temps. Vous avez besoin de parler tout les deux, depuis longtemps. Je vais nous préparer un petit en cas de fin de soirée pendant que vous discutez. Après tout ça, ce grand benêt comprendra peut-être que tu n’as pas besoin d’une nurse, mais juste de la présence d’un ami.

— Eh! Mais… Commença Matt.

— Merci, Elijah, interrompit Gareth en faisant reculer le fauteuil roulant dans sa chambre.

Quelques minutes plus tard, Gareth serrait les accoudoirs de la chaise roulante tellement fort que ses doigts devinrent blanc. Ça ne devrait pas être si difficile de tout raconter, pourtant ça l’était. La porte était close derrière Matt, personne n’entendrait sa confession à l’exception de son ami. Gareth soupira, autant enlever le sparadrap d’un coup.

— Je… Je suis alcoolique, lança Gareth d’un ton rauque et tremblant.

— Quoi ? Croassa Matt, une expression stupéfaite dessinée sur le visage.

— Alcoolique. Je suis alcoolique, répéta Gareth dans un souffle tout en frottant ses paumes moites sur le tissus de son pantalon de jogging.

Anxieux, Gareth guettait les moindres réactions de son ami. Toutefois, après la surprise initiale, Matt affichait maintenant un air impassible. Un masque que Gareth connaissait bien et qu’il avait observé à mainte reprise lorsque l’homme ne souhaitait pas laisser voir ses émotions transparaître.

C’est en regardant ce masque froid que Gareth comprit à quel point il avait blessé Matt en gardant secret ses problèmes. Cela n’avait jamais été ses intentions. Au contraire, il désirait le protéger. Sauf que Matt n’avait nul besoin de tout ça. Au fil du temps, son ami était devenu un roc, quelqu’un de fort sur lequel on pouvait s’appuyer sans crainte. Depuis sa rencontre avec Elijah, cet aspect de Matt était devenu une évidence qu’il avait nié. Que leur situation se soit inversée de la sorte lui faisait mal. Cependant, force lui était de constater cette vérité, si dure soit telle à accepter.

Les yeux braqués sur Matt, Gareth vit soudain une immense colère mal réprimée dans les prunelles de son ami. Bon sang, il avait merdé dans les grandes largeurs !

— Imbécile ! L’injuria Matt en lui assenant une claque sur la tête.

— Hey ! Ça fait mal !

— Tu mérites que ça pour m’avoir caché un truc aussi énorme ! Je t’aurais aidé, abruti !

— Tu pouvais pas, Matt. Les premiers pas pour guérir, je devais les faire seul. Je… J’ai compris beaucoup de choses ces derniers temps.

— Pourquoi ?

Gareth soupira. Tant de raisons s’étaient amassées en lui au fil des années qu’en faire une liste lui paraissait impossible. Et il lui était inconcevable de dire à Matt qu’il était partie prenante de ses troubles. Ou plutôt, les sentiments que Gareth avait éprouvé étaient le problème. Cela avait été l’élément déclencheur de sa chute. Matt avait été son ancre. Quand ce dernier s’était marié avec Elijah, Gareth avait perdu toute volonté de se battre contre ses faiblesses, contre ce qu’il savait être une dépendance à l’alcool. Il avait même sombré avec joie, tout du moins au début. Ensuite, il s’était perdu lui-même.

Se passant une main nerveuse dans les cheveux, Gareth chercha ses mots. Il secoua la tête, l’esprit empli de pensées parasites qui ne lui étaient d’aucun secours face à Matt.

— Je suis un idiot, avança-t-il.

— Putain ! Apprend-moi un truc que je ne sais pas ! Et répond à ma question, crétin!

— Bon sang, Matt ! Pourquoi ? Pourquoi je bois ? Pourquoi je ne t’en ai pas parler? Je me rends compte que j’ai toujours eu des problèmes avec l’alcool. Ça s’est calmé quand je t’ai rencontré. Ma vie est devenue meilleure et j’ai trouvé une raison de me lever le matin. Puis, il y a eu l’explosion qui t’as coûté tes jambes. Tu es rentré au pays et je suis resté là-bas. On m’a affecté dans une nouvelle unité deux mois plus tard. Indiscipline, c’est les motifs qu’ils m’ont donné. Le commandant croyait que ça m’aiderait. Ça marcher pendant un temps, surtout que je recevais de tes nouvelles par courriel. Tu allais mieux. Environ un an avant que je me présente à votre porte, on nous a envoyé en mission de surveillance. Ça devait être pénard comme truc, la routine. Sauf que c’était un piège. On s’est fait massacrer, ça tirait de partout…

— Gareth, coupa Matt d’une voix blanche.

— Laisse-moi finir, s’il te plaît. Donc, ça tirait de partout. On était à découvert, c’est comme si on avait tous eu une cible peinte au milieu de la poitrine. Je sais pas comment, mais j’ai réussi à atteindre un effleurement rocheux et je m’y suis réfugié avec Sam. Je l’ai transporté; il avait reçu une balle. Nous avons été les seuls survivants. Les autres gars sont morts là-bas, dans le désert. Sam est décédé quelques jours plus tard à l’hôpital suite à ses blessures. Finalement, il n’y a eu que moi qui s’en soit sorti. J’ai eu seulement que quelques égratignures. Rien de grave. Je n’ai même pas de cicatrice.

— Bordel !

— Ouais. Syndrome du survivant, tu connais ? Fit Gareth, amer. Ça commencer un peu après… les flashbacks. J’ai été démobilisé. Je suis rentré, mais ça n’allait pas même si je faisais mine du contraire.

— Des flashbacks ? Tu…?

Gareth plongea des yeux hantés dans ceux de son ami, laissant voir pour la première fois les fantômes qui l’habitait.

— Ouais. Flashbacks, stress post-traumatique, rétorqua Gareth avec un rire sardonique. J’ai des hallucinations à certains moments. La majorité du temps, l’alcool m’abruti trop pour que ça ait des conséquences. Ce soir-là, poursuivit Gareth en montrant son plâtre du doigt, je n’avais pas encore assez bu.

Une flopée de jurons résonna dans la chambre. Gareth songea distraitement que Matt avait ajouté plusieurs termes colorés à son vocabulaire.

— Tu ne voulais pas que je crois que tu étais cinglé et que tu devenais fou. Bordel ! Comment as-tu pu imaginer que… ?

— Je sais, Matt. Maintenant, je sais. Ça fait partie de ces trucs que j’ai compris. Tu me laisseras jamais tomber. T’es pas juste un pote, t’es un frère.

Gareth ne chercha pas à dissimuler ses larmes. Il ne repoussa pas non plus l’étreinte de Matt. Des sanglots montèrent de part et d’autre.

— N’ose plus jamais me cacher des trucs aussi énormes ! Gronda Matt, l’énervement s’entendant dans le ton de sa voix.

Gareth hocha la tête, puis éloigna Matt.

— Promis. J’ai une réunion des AA demain soir. J’aimerais que tu viennes avec moi.

— J’y serai.

Une image d’un Henri furibond lui traversa l’esprit. Puis, il songea à ce qu’il venait de promettre. Merde ! Il ne pouvait pas cacher ça à Matt, car à coup sûr cela faisait partie des “trucs énormes”. Gareth sentit une soudaine bouffée de chaleur et une gêne qui devait être évidente puisque son ami afficha aussitôt une mine curieuse.

— Il y a autre chose que tu ne me dis pas, affirma Matt avec assurance. Ton visage est rouge écrevisse. Parle !

— Euh…

Gareth passa des doigts tremblants dans ses cheveux, hésitant.

— Crache le morceau avant que je te frappe !

— Je… Je suis amoureux de quelqu’un, sauf que le mec peut pas me voir en peinture. J’ai merdé et maintenant, il me déteste.

Cette fois-ci, Gareth observa l’air habituel que Matt adoptait lorsqu’il réfléchissait. Son ami ne semblait pas étonné par ce qu’il venait d’annoncer.

— Hum. On établira une stratégie après-demain. Un programme de séduction 101 envers un membre de la famille Monroe. Elijah pourra sûrement aider. Il connaît son petit frère mieux que personne. Pour l’instant, concentrons-nous sur la réunion des AA. Déjà ça, ça ne doit pas être facile pour toi. Prenons une chose à la fois.

— Tu savais pour… ? Fit Gareth, stupéfait.

— Henri ? Oui. C’est visible à chaque fois que tu le regardes. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

vingt + 3 =