Ciara O’Neil – 1 / Angus

C’était une nuit idéale, bien qu’un peu trop claire. L’automne approchait rapidement, l’air était doux et frais sur la peau. Les étoiles scintillaient de mille éclats et la lune formait un disque parfait dans le ciel éclairant la nuit pratiquement comme en plein jour. Un vent léger soufflait, emmenant avec lui l’odeur d’un feu qui brûlait non loin et faisant bruisser les feuilles des arbres au-dessus de la tête de Ciara. Les bruits des insectes et des autres animaux nocturnes montaient autour d’elle, créant ainsi une mélodie envoûtante. Le hurlement d’un loup, éloigné de plusieurs lieues, domina quelques instants cette musique, puis s’éteignit graduellement. La jeune femme se déplaça légèrement vers la droite accrochant par la même occasion une petite branche du buisson dans lequel elle s’était accroupie. Cela fit peur à une minuscule souris qui s’enfuit aussi vite que pouvaient le lui permettre ses petites pattes.

C’était une nuit parfaite pour mourir, songea-t-elle.

Elle attendit que la lune soit plus haute dans le firmament. Elle attendit plus d’une heure.

Ciara observait le campement des Anglais depuis sa cachette sous les arbres. Elle compta les hommes. Une dizaine de soldats, dont la majorité dormait maintenant profondément à en juger par les ronflements tonitruants qu’elle entendait. Cela couvrait presque la musique de la nuit. Si ces soldats avaient voulu se dissimuler, cela s’était révélé irréalisable, juste le bruit qu’ils faisaient en dormant avait réussi à indiquer leur position. Deux d’entre eux ne se reposaient pas. Ils montaient la garde, l’un près du feu, l’autre près des prisonniers.

Les captifs étaient trois. Tous attachés solidement à un poteau que les Anglais avaient enfoncé profondément dans le sol. Elle ne savait si les soldats formaient un groupe de reconnaissance ou étaient là pour un autre motif. À dire vrai, elle s’en moquait totalement. Ce qui importait c’était les prisonniers. L’un d’entre eux était l’homme qu’elle recherchait. L’homme qui avait l’information qui la conduirait au monstre qu’elle voulait éliminer. Rien ne se mettrait entre ce monstre venu des enfers et elle. Rien. Toute une troupe de militaires anglais ne l’empêcherait pas d’atteindre le but qu’elle s’était fixé, c’est-à-dire tuer ce démon.

De l’endroit où elle se terrait, Ciara ne voyait pas les captifs complètement. Cependant, à l’odeur du sang que le vent lui apportait et au peu qu’elle pouvait voir des pauvres hommes, ils s’étaient fait salement abîmer. Ces fichus soldats anglais leur avaient tapé dessus avec un très grand enthousiasme. Pourvu que celui dont elle avait besoin puisse tenir sur ses jambes, et arriverait à la suivre dans les bois pour échapper au reste de l’armée qui patrouillait dans le secteur. Ciara ne doutait pas qu’elle aurait le dessus sur les soldats, elle avait déjà combattu des créatures bien pires, issues des enfers, mais elle ne souhaitait pas être poursuivie par l’armée anglaise. Elle avait bien d’autres choses à faire et à penser.

Sans bruit, elle sortit deux flèches de son carquois. Elle en planta une dans le sol et arma l’autre sur son arc. Elle savait qu’elle devait être rapide et ses réflexes l’étaient davantage que ceux d’un être humain normal. Mais elle n’était pas un être normal. L’important était de ne pas rater les cibles, les deux gardes. Elle devait les éliminer tous les deux avant qu’ils ne puissent donner l’alarme et réveiller les autres. Elle visa.

Une flèche troua l’air, et avant même qu’elle n’atteignit son but, une seconde fut lancé. Les deux projectiles touchèrent les gardes qui s’effondrèrent sur place sans émettre un son.

Angus ne dormait pas. La douleur des coups reçus la veille le tenait éveillé. Ses mains étaient liées dans son dos et la corde était tellement serrée qu’il sentait à peine ses doigts. Il ne savait pas pourquoi les Anglais ne les avaient pas tués tous les trois tout de suite. Peut-être voulaient-ils faire un exemple? Voilà ce qui arrive quand vous rejoignez les rebelles écossais! Vous vous faites tabasser et fouetter presque à mort, puis on vous pend quand on vous n’écartèle pas! Lui qui avait fui de chez son oncle parce qu’il en avait assez de se faire taper dessus, voilà qu’il allait mourir à onze ans sous les mains de satanés Anglais. Il se tortillait sur le sol en cherchant une position moins douloureuse pour ses côtes blessées, quand le garde lui tomba soudainement sur les jambes. Il sursauta violemment, réveillant l’un de ses compagnons d’infortune.

Une flèche était plantée dans l’orbite droite du garde. Angus se redressa tant bien que de mal et regarda autour de lui cherchant, le second garde du regard. Mais ce qu’il vit, il se le rappellerait le reste de sa vie. Quelqu’un sortait silencieusement de la forêt. Un homme très mince, vêtu de noir de la tête au pied. Un carquois et un arc étaient attachés dans son dos d’un côté et de l’autre, le manche d’une épée légère dépassait. Un poignard pendait à sa hanche. L’homme fit un geste de la main, signalant à Angus qu’il ne devait pas faire de bruit, ne pas parler. Le garçon hocha la tête, signalant qu’il avait compris. Je suis peut-être jeune, mais pas complètement idiot, pensa-t-il. Je ne courrais pas le risque de réveiller ces sadiques de soldats. Après quelques efforts pitoyables, douloureux et silencieux, il réussit à enlever le corps du garde qui était toujours sur ses jambes.

Lorsqu’elle aperçut l’enfant, Ciara eut l’envie d’éliminer les soldats endormis. Tous autant qu’ils étaient. Oser maltraiter un enfant de la sorte, c’était inadmissible. Les êtres humains pouvaient être aussi cruels que les êtres issus du monde souterrain. Cependant, en s’approchant, elle perçut un type d’énergie qu’elle ne se serait jamais attendue à percevoir dans ce campement. Un démon! Ici! En plus, cela venait des prisonniers, du gamin précisément. Et merde, je tue des démons, ça oui, mais je ne tue pas des enfants! Bah, je n’ai qu’à le laisser aux Anglais, ils feront le travail, pensa-t-elle.

Oh! Bon sang! pensa le jeune garçon quand l’archer fut à mi-chemin. Ce n’était pas un homme, mais une femme habillée en homme! Elle était magnifique en plus, la plus belle qu’il ait jamais vue durant sa courte vie!

̶ Je cherche Angus McGregor, murmura Ciara lorsqu’elle fut auprès des deux hommes et du gamin, tout en sortant la dague de son fourreau afin de couper les cordes.

Angus cilla. Elle le cherchait, lui? Il fixa son regard sur son visage, essayant de deviner ce qu’elle pouvait bien lui vouloir. Dans son dos, la corde se relâcha, mais ses mains étaient toujours liées ensemble. Il paniqua quand il vit que ses deux compagnons étaient détachés et dépouillaient silencieusement le garde de ses armes. Pourquoi ne le détachait-elle pas, lui aussi? Il se mit à gigoter en tous sens, essayant tant bien que de mal de se redresser malgré la douleur qui lui traversa les côtes. La femme était juste à côté de lui.

̶ Vous devez m’emmener aussi! Supplia-t-il tout bas. Me laissez pas! C’est moi que vous cherchez, je suis Angus! Vous pouvez pas me laisser ici!

̶ C’est de pire en pis… je n’ai pas même le choix maintenant, je dois me colleter le démon, marmonna-t-elle. Et elle coupa les cordes qui retenaient le jeune garçon prisonnier.

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