Ciara O’Neil – 5 / Angus

Il entendit quelqu’un respirer fortement près de lui, mais cela ne suffit pas à le tirer complètement du sommeil. Il se retourna et posa le bras sur sa tête en essayant d’échapper au son. Il était si fatigué; tout ce qu’il voulait, c’était continuer, à dormir. Son lit était douillet, cela le changeait agréablement des sols durs où il avait dormi dernièrement. De plus, l’absence de cailloux pointus sous lui était un bonheur. Il grogna un peu et se repositionna plus confortablement dans le lit de mousse.

On souffla de nouveau et la chaleur de la respiration sur son bras le fit protester et marmonner quelques mots sans suite incompréhensibles sans pour autant le forcer à ouvrir les yeux. Il agita vaguement la main pour chasser l’intrus. Néanmoins, cela ne suffit pas à chasser l’indésirable qui sembla revenir à la charge. Quelque chose de visqueux passa sur son front avant d’aller jouer avec quelques mèches de ses cheveux orange. Encore à moitié endormi, Angus repoussa vivement de la main la chose. À son contact, il sursauta et se redressa vivement en ouvrant ses prunelles vert mousse. Son mouvement brusque entraîna un rappel de la douleur dans son pied blessé, mais c’était bien le moindre de ses soucis.

Le regard écarquillé, il fixait les naseaux d’un énorme cheval. Enfin, de là où il était, assis sur le sol recouvert de lichen, le cheval lui paraissait gigantesque. L’animal lui envoyait l’air chaud de sa respiration dans le visage pendant qu’il essayait d’attraper ses cheveux avec sa langue. La première chose qui lui vint à l’esprit était que les Anglais l’avaient retrouvé. Il leva un regard où se reflétait de la crainte sur le cavalier de la bête. Ahuri, il reconnut Ciara, qui se tenait assise bien droite sur la selle.

̶ Je t’ai dit que je refusais de te porter, bébé démon. (Elle donna une petite tape sur l’encolure de l’animal.) Lui le fera.

̶ Où l’avez-vous trouvé? Demanda l’enfant, éberlué.

̶ Il y a une ferme pas très loin. Je le leur ai acheté.

Angus n’en revenait tout simplement pas. Elle lui avait acheté un cheval! Pour lui! Pour le porter parce qu’il ne pouvait pas marcher avec son pied abîmé.

̶ Ne te fait pas d’illusion, bébé démon, fit la jeune femme qui avait lu dans ses pensées. J’en avais marre de marcher à une vitesse d’escargot à cause de toi. Plus vite nous serons là-bas, plus vite le monde sera débarrassé de Laserian. Maintenant, debout. Et donne-moi mon sac.

Angus repoussa doucement mais fermement le cheval, qui essayait toujours de lui manger les cheveux. Il se leva maladroitement et se retint à la crinière du quadrupède, lorsqu’il perdit l’équilibre. Il se mordit cruellement la lèvre en essayant de ne pas gémir de douleur quand son pied heurta accidentellement quelque chose qui trainait par terre. Quand il se fut stabilisé, il regarda sur le sol et repéra le sac près de ses pieds. C’est en se cognant sur ce dernier qu’il s’était fait mal. Les mains fermement agrippées aux crins du cheval, serrant fortement les mâchoires, il se pencha prudemment pour ramasser le sac et le tendit à sa propriétaire. Lorsqu’elle se saisit de celui-ci, Angus remarqua que la grandeur de la main de la jeune femme était à peu près semblable à la sienne. Sur l’énorme bête, elle paraissait petite et délicate. Au cours des derniers jours, l’enfant s’était bien rendu compte que la femme était beaucoup plus solide qu’elle en avait l’air, mais comment croire qu’elle arriverait à vaincre le colosse qu’était Laserian McGregor? Assurément, elle aurait bien besoin de lui si elle décidait d’affronter l’homme face à face. Le seul problème était qu’avec son fichu pied, il n’était bon à rien. À moins qu’elle ne l’abatte à distance avec son arc? Angus imagina le grand Écossais transformé en pelote d’épingles. L’enfant ne put retenir un petit rire à l’image qui se forma dans son esprit.

̶ Cesse de rire de choses qui ne se produiront pas et monte sur ce foutu cheval, claqua glacialement la voix de Ciara. C’est une véritable plaie que de devoir suivre chacune de tes pensées, bébé démon.

̶ Angus, osa-t-il la reprendre. Je m’appelle Angus. Je veux bien grimper sur le dos de cet animal… (L’enfant se rembrunit.) Mais je n’ai pas monté depuis que ma mère est morte. Laserian me l’interdisait.

̶ Et tu envisageais de devenir palefrenier? Fit-elle ironiquement, en songeant aux pensées que le jeune démon avait eues plus tôt dans la journée.

̶ Bah, oui. Je suis doué avec les animaux et j’apprends vite, lui répondit-il avec aplomb en haussant les épaules.

Elle n’ajouta rien, mais lui tendit une main qu’Angus s’empressa de saisir. Elle l’aida à se hisser facilement sur la selle derrière elle.

̶ Arrange-toi pour ne pas tomber, bébé démon. Il n’y aura personne pour te rattraper.

Sur ces mots, la jeune femme bougea légèrement les jambes et leur monture se mit au petit trot évitant habilement les obstacles de la forêt. L’enfant entoura la taille de Ciara de ses bras pour se retenir et s’appuya un peu contre elle. Il la sentit se raidir, mais ne voulut pas la lâcher pour ne pas tomber. C’est que leur cheval était vraiment gros et il n’avait vraiment aucune envie de dégringoler jusqu’au sol. Avec sa chance, si cela arrivait, il se casserait probablement un membre… ou deux. Il préférait éviter.

Vu la vitesse à laquelle ils progressaient maintenant, ils seraient arrivés avant le matin chez Laserian. Il leva la tête et regarda la lumière orangée du soleil couchant au travers des branches au-dessus d’eux.

̶ Dites, vous n’auriez pas quelque chose à manger? Je meurs de faim.

̶ Tu n’es qu’un estomac sur pattes! S’impatienta Ciara.

̶ C’est que je suis en pleine croissance, madame, annonça sérieusement le jeune garçon. Puis passant sans transition à une autre préoccupation : Vous ne croyez pas que nous devrions aller plus lentement avec le cheval? Il pourrait perdre pied dans un terrier que nous n’aurions pas vu dans le noir.

̶ Dis la vérité, bébé démon. Tu ne t’inquiètes pas pour le cheval. Tu veux retarder le moment où tu seras en présence de Laserian McGregor, affirma-t-elle sombrement.

̶ Il est… méchant. Il aime faire mal aux gens, pas seulement à moi. Vous avez beau être une mégère la plupart du temps, je ne veux pas qu’il vous fasse du mal, Ciara. Vous ne savez pas comment il est. Moi, je le sais. Je… Je crois que c’est lui qui est responsable de la mort de ma mère…

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