Ciara O’Neil – le murmure des ténèbres / chapitre 3

L’enfant avait fini par s’endormir sur un siège et Angus en avait profité pour s’asseoir devant l’un des ordinateurs afin de continuer la programmation d’un logiciel. Il tapait sur son clavier lorsque Ciara entra dans son laboratoire.

D’un bref regard, elle vérifia où se trouvait Alexis.

 — Angus, fais-moi une recherche, murmura-t-elle. J’ai besoin de toutes les informations que tu pourras trouver sur les victimes d’un possible tueur en série. Il faudra pirater les fichiers de la police. Et s’il te plait, sors-moi tout sur les types de démons ou les anciens dieux amateurs de sacrifices humains qui avaient un faible pour les cœurs.

— Hummm… Des cœurs… Alors c’est comme ça qu’elle est morte. Sacrifice humain. Alex ne m’a pas parlé de ce qui s’est passé hier. À un moment, il a pleuré, tout pelotonné dans le fauteuil, répondit Angus en chuchotant. Maintenant, je comprends pourquoi il ne voulait pas parler quand je lui ai posé des questions. Tu ne m’avais pas donné de détails ce matin quand tu m’as expliqué la situation du gamin, alors j’ai cherché à savoir. J’aurais mieux fait d’attendre que tu arrives.

— Ah, toi ! Tu ne pouvais pas retenir ta langue? gronda Ciara. Alors ? Tu me la fais aujourd’hui cette recherche ?

— Tout de suite, tout de suite… Mais sache que tu me déranges là, j’étais en pleine création. En plus, tu t’amuses à me faire jouer au gardien d’enfants. Comme si j’avais que ça à faire, moi ! C’est une chance pour moi que le petit ait fini par s’endormir. Si tu ne voulais pas que je lui pose des questions, tu n’avais qu’à tout m’expliquer. Quitte à le faire par télépathie pour que le gosse n’entende pas.

— Désolée…

Elle défit sa queue de cheval et passa la main dans ses cheveux avant de poursuivre.

— J’avais d’autres préoccupations à ce moment-là… Je n’aurais pas dû te laisser dans l’ignorance, finit-elle navrée.

— Ouais… bon… Pour l’instant n’approche pas trop de mes machines, je n’ai pas envie que tu les dérègles et que je perde tous mes scripts.

Angus sauvegarda ses données. Il tourna sa chaise à roulette et s’approcha d’un autre ordinateur. Il se connecta à internet, puis il alla sur un moteur de recherche et lança le programme.

— Tu me racontes? demanda-t-il tout bas.

— Je vais te montrer plutôt…

Ciara posa la main sur le côté du visage d’Angus et ferma les yeux. Une série d’images atroces défila dans la tête du jeune homme.

— Merde, fit-il quand ce fut terminé. Il avala péniblement sa salive. C’est un sadique ton meurtrier. Le cœur… et tout ce sang sur les murs… et le gosse qui a vu ça… (Il poursuivit, tout en réfléchissant.) La recherche… Tu veux faire quoi? Te lancer à la poursuite du type ? Il me semblait que tu avais arrêté ce cirque… mais bon, ce n’est pas moi qui vais te dire quoi faire. De toute manière, tu n’en feras qu’à ta tête…

— Le problème est que je crois que le meurtrier est un démon. Tant que cette certitude sera ancrée dans ma tête, je ne pourrai pas en toute conscience laisser ce monstre courir dans la nature. Il est dangereux tant pour les humains que pour les autres, comme nous.

— Le flic qui s’occupe de l’enquête… il ne s’en mêlera pas ?

— Pas avant un minimum de vingt-quatre heures. Entre-temps, il dormira du sommeil du juste. Cela nous permettra d’avoir un peu d’avance sur lui, surtout que nous savons quoi chercher.

— Un gros dodo pour le flic. Hé ! Hé ! Encore un de tes petits tours de passe-passe télépathique, c’est ça ? ricana Angus. J’espère pour lui que tu lui as programmé de beaux rêves, au moins !

— Non, aucun rêve. Et puis, tu sais que je déteste faire ça, entrer dans l’esprit des gens et ne leur laisser aucune initiative. Même si cela peut être pratique quelques fois, je ne peux pas le nier. Ce policier était éreinté, je sentais que je pouvais l’aider un peu, alors je l’ai fait. C’est tout.

Ciara réfléchit un court instant et fronça les sourcils, le lieutenant avait eu une drôle d’expression quand le contact s’était rompu.

— S’il avait été dans son état normal, je n’aurais pas pu l’influencer. Il a un esprit puissant pour un humain et il est trop méfiant. Cela aurait fait barrière. Les gens comme lui sont assez rares.

— Tant mieux pour lui, mais j’espère qu’il ne s’en mêlera pas, bougonna Angus. Car pour l’instant, si ça te tente de pourfendre le diable et tous ses démons, ce n’est pas moi qui t’en empêcherai. Tout ce que j’espère, c’est que tu m’en laisseras quelques-uns, que je puisse m’amuser moi aussi.

En parlant ainsi, Angus ne faisait pas seulement référence à certaines batailles qu’ils avaient menées ensemble, mais également à ce passé dont Ciara savait du fond de son âme qu’elle ne pourrait jamais effacer certains souvenirs de sa mémoire. La chaleur des flammes et leurs éclats écarlates dans la nuit, la douleur au fond d’elle, les cris d’agonie et la mort. Tant de choses, qui encore aujourd’hui, après bien des années, hantaient encore quelques fois ses rêves.

Longtemps après sa rencontre avec Angus, Ciara avait fini par répondre aux questions que le demi-démon lui posait. Il avait été le premier à croire vraiment son histoire. Même Merrick, le mari de Ciara, ne l’avait pas crue quand elle avait tenté de lui dire ce qu’elle était et qu’ils devaient fuir. Finalement, ils étaient restés au village et tout le monde était mort. Sauf elle. Bien plus tard, Angus l’avait sauvée d’elle-même en lui donnant un nouveau but. Il était comme elle, un être à part pris entre deux mondes. Angus était alors devenu sa seule famille, il était son petit frère.

Carole était morte.

Son meurtrier devait payer son crime. Ciara se lancerait à sa recherche, mais pas au prix de son âme et de la sérénité d’esprit qu’elle avait acquise. Elle savait que la police ne pouvait pas faire grand chose. Ils ne trouveraient pas l’assassin puisque cette personne, comme ils l’entendaient, n’existait pas.

Elle devait l’arrêter avant qu’il recommence et tue encore. Son instinct lui disait qu’il s’agissait d’un démon et jusqu’à maintenant il lui avait rarement fait défaut.

Ciara pressentait qu’il y avait autre chose. L’énergie résiduelle qu’elle avait ressentie dans le logement de son amie quand elle avait rejoint Alexis était maléfique. Une odeur infernale imprégnait l’air de la chambre et était d’une nature inhumaine. De cela, elle en était certaine. Il y avait eu un démon sur les lieux, mais aussi un autre être doté d’une forte aura négative et malfaisante. Un seul être démoniaque ne pouvait pas dégager autant d’énergie à moins qu’il ne soit très puissant, ce dont elle doutait. S’il l’avait été, elle aurait ressenti sa présence dans le logement avec davantage de force. Le démon n’était donc pas seul. Comme il n’avait pu entrer dans ce monde sans aide, cela voulait dire qu’il avait nécessairement un allié ici.

Ciara s’assura qu’Alexis dormait toujours, en se tournant vers lui. Elle le regarda et écouta. Sa respiration était profonde et régulière, son cœur battait lentement.

— Angus…

— Ouais… fit distraitement ce dernier en tapant rapidement quelques mots sur le clavier de son ordinateur.

— Il y avait une inscription sur le mur de la chambre de Carole… le seul mur que je ne t’ai pas montré tout à l’heure.

La tonalité de la voix de Ciara était inhabituelle. Le rouquin en resta surpris. Il cessa d’écrire dans la seconde puis, vivement, quitta l’écran des yeux pour la fixer, interrogateur.

— Une inscription ? Qu’est-ce que ça disait? demanda-t-il à voix basse, comme elle ne parlait toujours pas.

— C’était écrit dans une langue morte dans cette dimension du monde; elle était utilisée par certains rares druides autrefois. La langue des Tuatha de Danann. Très, très peu de personnes ici pourraient l’écrire et la lire, encore moins la comprendre.

— Les Tuatha de Danann… le Petit Peuple… les faes… finalement, ce n’est pas une légende j’imagine, fit Angus, songeur. Bon… si tu as reconnu le langage, j’en conclus que tu es une des privilégiées qui comprend cette langue. C’est ça?

— Oui… Après tout, mon grand-père était druide et c’est lui qui m’a élevée après la mort de ma mère… fit-elle en haussant les épaules. En gros cela disait : «Gardien de la Dague Sanglante, je te tuerai. La Dague et ses pouvoirs seront à moi.»

Après une pause, la jeune femme continua :

— Quelques légendes font mention d’une dague et d’une divinité qui s’en serait servi pour semer la mort. Mais tout cela n’a pas vraiment de sens. La Dague n’a pas de pouvoir particulier, sauf peut-être de cramer certains des démons de niveaux inférieurs qu’elle transperce. Et ceux qui ne brûlent pas ont des blessures longues à guérir. Je sais également que la lignée des druides Gardiens n’est pas éteinte. Ils sont cent pour cent humains. Néanmoins, ils possèdent certains dons qu’ils mettent à profit pour protéger l’humanité des démons et des autres créatures des ténèbres qui font le mal autour d’eux. Cependant, il y a longtemps qu’ils ne sont plus en possession de la Dague. Le véritable propriétaire de l’arme l’a récupéré en 1859.

— Hum… 1859. J’étais à Oxford à cette époque et je m’étais mis dans la tête d’étudier la médecine… Bon, je ne te demanderai pas comment tu fais pour savoir tout cela, mais dis-moi, tu crois que Carole s’est fait assassiner à cause de cette fameuse Dague ?

— Peut-être, je ne sais pas. Tout ce que je peux affirmer avec certitude, c’est qu’il y avait un démon là-bas. Il y avait un relent d’énergie trop noire pour appartenir à un humain ordinaire et puis il y avait aussi cette odeur d’œufs pourris et de soufre, typique d’un démon fraîchement arrivé. Je ne vois pourtant pas ce qu’un démon ferait de cette Dague, il ne pourrait probablement même pas en tenir la poignée sans se brûler. De plus, seuls les Gardiens qui conservaient l’arme en lieu sûr savaient que la Dague existait vraiment et qu’elle n’était pas que de la fiction. Les rares historiens qui en eu connaissance n’y voient qu’une simple légende. Moi, je connais la Dague pour l’avoir déjà vue à l’œuvre. Et comme je te l’ai dit, elle n’a pas de pouvoir particulier.

— Ah, OK. Si un démon ne peut pas l’utiliser, qui le peut? Et les demi-démons?

— Un humain, répondit Ciara sans hésitation. Pour les demi-démons, cela dépendra du côté dominant de la génétique, j’imagine. Cependant, je n’ai jamais vu de demi-démon réussir une invocation. Or, cet être arrive du monde souterrain.

— Le monstre ne serait pas seul, si je suis ton raisonnement, fit Angus.

— Oui. Très, très rares sont les démons pouvant ouvrir une brèche entre les mondes à volonté. Je suppose qu’il a un allié qui l’aurait fait traverser dans ce monde en l’invoquant. Un humain, car je doute qu’un ange fasse sortir un démon des Enfers. À l’odeur que j’ai perçue dans la chambre, je dirais qu’il n’est pas ici depuis longtemps. Cela lui prendra au moins un à deux ans pour perdre cette puanteur. Reste à trouver qui l’a invoqué… et à savoir pourquoi il tient tant à cette arme.

— Hum… connaître le type de monstre que nous cherchons nous aidera sûrement à trouver la personne ou le groupe de personnes qui auraient pu lancer une invocation assez puissante pour ouvrir un portail. Je vais continuer les recherches sur internet et visiter certains groupes de discussions, quelquefois on y trouve des rumeurs intéressantes. Je vais tenter de trouver aussi quelques-uns de ces Gardiens, peut-être ont-ils senti quelque chose d’anormal dernièrement ou ont-ils des infos sur l’endroit où pourrait être la Dague.

— Ne cherche pas la Dague. Je connais le propriétaire, elle est en sécurité là où elle est.

— Tu en es sûre ?

— Oui. 

— Cent pour cent sûre ?

— Oui, je te dis. Que tu es méfiant des fois !

— C’est dans ma nature d’être méfiant… et de toute façon tu m’adores comme ça! répliqua facétieusement le jeune homme.

— Ouais… peut-être… bon, pour ce qui est des Gardiens, je peux te fournir quelques noms. Il suffira de remonter les lignées. Je sens qu’il y en a quelques-uns de présents en ville, mais je ne peux pas te dire où ils sont. Si tu peux trouver quelques adresses ce serait bien. Sinon, il ne me reste qu’à utiliser les bonnes vieilles méthodes !

— C’est-à-dire sillonner la ville ? Fit Angus. Bonne chance !

Laissant Angus devant ses chers ordinateurs, Ciara se dirigea vers la bibliothèque, son coin personnel. Elle ne faisait pas trop confiance à ces gadgets dont son frère était fou. Souvent, lorsqu’elle approchait trop près de ces fichues machines, celles-ci se détraquaient, cessaient de fonctionner comme elles le devraient. Angus en devenait malade et lui interdisait même de toucher ses précieux ordinateurs, de peur qu’elle ne fasse tout sauter d’un malheureux effleurement. Pendant qu’il cherchait avec ses machines infernales, elle consulterait ses bons vieux livres.

La jeune femme avait aménagé sa bibliothèque dans une grande pièce au rez-de-chaussée de sa maison. Des tablettes pleines à craquer de volumes anciens et précieux, ainsi que de titres plus récents, tapissaient les murs. Faute de place, certains bouquins avaient été empilés à même le sol. Un volumineux bureau en acajou trônait devant une fenêtre drapée de lourds rideaux en velours bourgogne. La surface du meuble était recouverte de livres ouverts ou entassés en piles instables. S’y trouvaient aussi plusieurs crayons et feuilles de papier éparpillés pêle-mêle.

Ciara ignora son bureau encombré et se dirigea vers une étagère, d’où elle retira plusieurs volumes. Elle alla s’asseoir sur l’un des deux fauteuils qui étaient devant la cheminée éteinte. Elle prit l’un des livres et, comme elle allait l’ouvrir, elle entendit des pas précipités dans le couloir.

Quelques secondes plus tard, Alexis pénétra dans la bibliothèque en coup de vent, l’air affolé. Dès qu’il vit Ciara, le garçon prit une allure nonchalante, quelque peu ratée vu son entrée en fanfare.

— Tu es revenue !

— Oui, fit Ciara en se levant de son confortable siège et en remettant le bouquin sur le dessus de sa nouvelle pile.

— Aujourd’hui, tu vas me montrer comment me battre, hein ? Tu me l’as promis !

— Je ne t’apprendrai pas à te battre aujourd’hui, Alex

— Mais tu as promis ! Je veux que le monstre qui a tué maman meure aussi! proclama Alexis, une expression furieuse imprimée sur le visage.

— Je t’ai fait une promesse et je vais la tenir. Ce que je t’apprendrai, tu ne devras l’utiliser que pour te défendre, soit ta vie ou celle de quelqu’un d’autre. Uniquement dans ce but, et jamais dans l’intention de détruire et de faire le mal. La vengeance n’est pas une bonne chose. Elle nous tue à petit feu, la haine prend peu à peu toute la place en nous jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre. Tu ne dois pas laisser la haine et la colère te dominer, Alex. Je sais que tu n’as que huit ans, mais ce que j’essaie de t’expliquer est très important. Tu ne comprends peut-être pas tout pour le moment.

— Je veux apprendre, dit Alexis d’une voix suppliante.

Ciara laissa échapper un soupir.

— Je te montrerai. Pour ce qui est de ce monstre, tu n’as pas à t’en soucier. Il récoltera ce qu’il mérite quand en viendra le temps.

Elle passa tout l’après-midi avec Alexis, lui apprenant quelques mouvements de base de taï-chi. Ciara l’obligea ensuite à faire une séance de méditation. Elle vit bien qu’Alexis n’était pas du tout intéressé par cette partie de l’entraînement. Il marmonnait des gros mots tout bas, pensant qu’elle ne l’entendait pas. Il ne cessait de gigoter. Il était tellement jeune. Il en comprendrait le sens en vieillissant. Cela l’aiderait à prendre le contrôle sur la colère, la fureur qui l’habitait en ce moment. Ce goût de vengeance envers celui qui avait tué sa mère le rongeait et ça ne disparaîtrait pas du jour au lendemain. C’était l’ennemi à combattre pour l’instant. Alexis devait voir plus loin, au-delà de ses sentiments destructeurs qui pourraient le conduire à sa perte, s’il ne les maîtrisait pas.

La fin de la journée fut très tranquille. Ils soupèrent tous ensemble, puis Angus retourna dans son labo. Vers huit heures et demie, Alexis s’endormit sur le sofa devant l’écran de la télévision. Ciara l’y laissa, le temps d’aller mettre des draps frais sur le lit qu’il utiliserait à l’avenir. La chambre qu’elle lui avait choisie contenait que très peu de meubles. À part le lit, il n’y avait qu’une vieille commode à quatre tiroirs. Alexis pourrait choisir plus tard la décoration de la chambre, mais pour l’instant il devrait s’en contenter.

Ciara alla chercher Alexis et le monta à l’étage pour le coucher. Puis, elle s’enferma dans sa bibliothèque pour poursuivre les recherches interrompues dans la journée.

Ciara feuilleta plusieurs livres de démonologie durant la nuit, mais ne trouva rien de concluant. Elle se redressa en s’étirant et remit le dernier ouvrage qu’elle avait consulté sur une tablette. Son regard tomba par hasard sur le titre d’un livre, Mythologie inca et maya. Beaucoup de leurs divinités ne demandaient-elles pas des sacrifices humains sanglants ?

D’un geste fébrile, elle s’empara du livre et l’ouvrit. Ciara consultait encore la table des matières lorsque Angus pénétra dans la bibliothèque, portant dans ses mains une grosse pile d’imprimés. Pile qui devait compter près de mille feuillets.

— Ne me dit pas que c’est le résultat de ta recherche ! s’exclama la jeune femme. Je viens de me taper pas loin de la moitié de la bibliothèque !

Angus éclata de rire, ce qui donna une expression joyeuse à son visage d’ordinaire si morose.

— Je ferais peut-être mieux de ne rien te dire du tout. De toute manière, tu pourras toujours lire mes pensées si ça te tente de savoir ce que j’ai trouvé.

— Tu sais bien que je ne te ferai pas ça, rétorqua Ciara avec une drôle de mimique en refermant son énième livre.
Elle tendit la main, afin qu’Angus lui donne les papiers. Il eut un geste de recul.

— Allez, devine.

— Incas et mayas, répliqua Ciara au hasard.

Angus grimaça. Il lui tendit les papiers et s’assit face à elle.

— Juste un truc avant que tu commences à lire, petite. J’ai trouvé le point commun à toutes les victimes. Ils avaient tous des liens avec la magie. Un sorcier, deux sorcières et un présumé druide.

— Merde…

— Tu peux le dire… Le gamin a de la magie en lui… Je l’ai senti. Si nous ne faisons rien, il pourrait devenir une cible facile pour ce sadique. Nous n’avons pas le choix. Il faut intervenir, nous ne pouvons permettre qu’il arrive quoi que ce soit au gamin. Après tout, il est attachant ce gosse. Bizarrement, il me rappelle quelqu’un néanmoins je ne saurais dire qui…

— Je pourrais te le dire, mais je crains que tu n’aimes guère ma réponse… et cesse de m’appeler « petite », tu n’es pas tellement plus grand que moi! De plus, entre nous deux, c’est moi qui suis la plus âgée. Le respect des aînés tu connais ?

— Je connais, mais pour une vieille tu es plutôt bien conservée ! rétorqua Angus. Depuis que je te connais, tu n’as pas pris une seule ride. Je suis le seul à avoir vieilli ici !

— Il fallait bien que tu deviennes adulte… Enfin, le corps l’est devenu, pour le cerveau j’ai encore quelques doutes… riposta Ciara.

Angus lui répondit d’une grimace enfantine.

La jeune femme et le demi-démon se plongèrent ensuite dans la lecture de l’énorme pile de documents imprimés.

Vers 8 heures du matin, Alexis se leva et Ciara cessa sa lecture en priant Angus d’aller se reposer. Elle comptait s’occuper de l’enfant toute la journée puis dormirait un peu en fin de soirée.